SNCF : Laurent Berger (CFDT) veut "maintenir la pression"

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Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, était l'invité de "L'Interview éco" vendredi, quelques heures après une nouvelle rencontre entre les syndicats de cheminots et le Premier ministre.

Les syndicats de la SNCF, déjà reçus le 7 mai à Matignon, ont revu le Premier ministre vendredi 25 mai. CGT, Unsa, SUD et CFDT, représentatifs à la SNCF, ainsi que FO, représentatif au niveau de la branche, ont été reçus à tour de rôle par Édouard Philippe. Parmi les annonces faites : la reprise de la dette par l'État à hauteur de 35 milliards d'euros. Invité vendredi sur franceinfo, Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT estime qu'il y a eu "des avancées", mais il maintient tout de même la grève jusqu'à la "fin du débat parlementaire" prévu le 13 juin.

franceinfo : Allez-vous cesser la grève ?

Laurent Berger : C'est trop tôt pour le dire tout simplement parce que le Premier ministre a annoncé des mesures importantes, la reprise de la dette mais également une politique d'investissement dans le ferroviaire. Il y a aussi un certain nombre d'amendements qui vont être portés au moment de l'examen du texte au Sénat, mais il manque la concrétisation. Le gouvernement avait dit, quand il a lancé ce texte, que ce serait un marathon et bien on est dans les derniers kilomètres. Vous n'arrêtez pas un marathon 5 km avant la fin, il faut aller au bout et là, si on ne maintient pas une forme de pression, on n'aura pas forcément les évolutions qu'on souhaite, comme celle sur le volontariat dans le cadre de l'ouverture à la concurrence, ou celle concernant la tenue d'une réunion tripartite - État, employeurs du secteur ferroviaire et syndicats - qui est annoncée mais il faudra qu'elle soit lancée. Aujourd'hui, il y a eu des avancées.

Les deux mois de grève, vous les assumez ?

Ce n'est pas par plaisir. Je rappelle que cette réforme est partie d'un constat fait par le gouvernement qui était en gros : les cheminots sont trop protégés et c'est pour ça que le ferroviaire ne fonctionne pas et que la productivité n'est pas bonne. Pour l'instant, le texte est examiné au Sénat, ensuite, il y a une commission mixte paritaire et c'est à ce moment-là qu'on connaîtra l'issue de la procédure parlementaire, le 13 juin. Les cheminots CFDT appellent donc à maintenir la mobilisation jusqu'au 13 juin. Pour l'instant on n'a rien obtenu, on nous a dit qu'il y aurait mais on n'a pas encore l'assurance qu'un certain nombre d'amendements vont être portés parce que - et c'est normal - il y a un débat parlementaire. Donc, attendons la fin de ce débat et nous verrons ensuite.

Le congrès de la CFDT aura lieu dans quelques jours, en maintenant la grève n'êtes-vous pas en train de donner des gages aux militants et aux adhérents les plus contestataires de la CFDT ?

Je ne crois pas et, d'ailleurs, les cheminots ne font pas partie des plus contestataires au sein de la CFDT. Il y aura sans doute des militants d'autres secteurs qui diront s'il fallait le faire ou pas. Notre congrès on ne va pas le tenir "contre". On pourrait passer notre temps à taper sur le gouvernement, sur le patronat, sur d'autres organisations syndicales mais nous, nous voulons un congrès qui parle de l'avenir, de la transition écologique, des retraites, de l'avenir de la fonction publique. Et pour ça, moi, je n'ai pas besoin d'avoir une grève ou pas de grève, ce n'est pas le sujet.

Ce samedi, La France Insoumise, d'autres partis politique, des associations et des syndicats dont la CGT vont manifester contre la politique d'Emmanuel Macron. Pas la CFDT. Avez-vous hésité ?

Pas du tout. Pas un instant, pas une seconde. Jean-Luc Mélenchon a sa part de légitimité en tant qu'opposant politique. Qu'on soit d'accord ou pas, c'est respectable. Et puis, il y a le syndicalisme. Le rôle d'un syndicat ce n'est pas de gueuler tous les matins, ça sert à apporter des avancées concrètes aux travailleurs. Je ne suis ni un opposant ni un partenaire du pouvoir. Rien du tout. On est des syndicalistes qui devons apporter des résultats concrets aux travailleurs et donc faire des propositions, des contre-propositions, s'opposer lorsque c'est nécessaire mais aussi s'engager lorsque c'est utile. Ce samedi, c'est une manifestation politique. On a mis beaucoup de temps, les uns et les autres, à obtenir notre indépendance, à pouvoir avoir un discours syndical, pas marqué d'idéologie politique, parce que les travailleurs n'attendent pas ça de nous. Et le geste que fait la CGT, ce samedi, en allant manifester, c'est peut-être du confort à court terme - parce que ça permet de gérer la situation interne et les oppositions internes - mais je crois qu'à moyen et long terme, c'est mortifère pour le syndicalisme. Ce samedi, c'est une manifestation fourre-tout et les syndicalistes n'ont aucun intérêt à aller dedans.

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