"Pour lancer des satellites, les mini-fusées sont une fausse bonne idée", selon le président du CNES Jean-Yves Le Gall

Des dizaines de start-ups veulent conquérir l'espace. Leurs projets de mini-fusées bousculent le secteur. Mais pour Jean-Yves Le Gall, le président du CNES, l'agence spatiale française, leur modèle économique n'a pas encore fait ses preuves.

Leur terrain de jeu, c’est l’espace. Des dizaines de sociétés rêvent de lancer des mini-fusées. Pas moins de 150 projets sont en cours, selon Les Echos. Le secteur est en pleine effervescence, alors que la conférence spatiale européenne vient de s’achever.

Jean-Yves Le Gall, président du CNES, l’agence spatiale française, invité éco de franceinfo mercredi 22 janvier, constate un bond technologique impressionnant : "Il y a dix ou quinze ans, faire une mini-fusée était tout à fait inenvisageable. Aujourd’hui, ce n’est pas très difficile". Pour quel usage ? "De l’observation, des communications ciblées", ajoute-t-il.

Une "fausse bonne idée"

"Une Ariane, c’est 800 tonnes au décollage", explique Jean-Yves Le Gall. "Un lanceur Vega, c’est 150 tonnes. Une mini-fusée, c’est dix ou quinze tonnes (...) Ca a vocation à mettre en orbite des satellites de quelques dizaines de kilos", ajoute-t-il.

Mais économiquement, l’équation reste à démontrer : "Lancer un satellite qui coûte moins d’un million de dollars avec une fusée qui coûtera cinq ou dix millions de dollars, c’est comme proposer à un auto-stoppeur d’acheter une Ferrari. Si l’auto-stoppeur n’a pas de Ferrari, c’est parce qu’il n’a pas les moyens de se la payer !". Pour lancer des satellites, la mini-fusée est bien souvent "une fausse bonne idée".

Les choses pourraient changer, et un nouveau modèle économique pourrait émerger. Selon Jean-Yves Le Gall, "le jour où on arrivera à faire une mini-fusée capable de lancer 100 kilos pour moins d'un million de dollars, là, ça va commencer à devenir intéressant".

Budget européen : un "bras de fer"

La Commission européenne a proposé une enveloppe de 16 milliards d’euros pour l’espace, pour la période 2021-2027. Mais plusieurs pays européens veulent revoir ce montant à la baisse.

Est-ce grave pour le secteur ? Non, selon Jean-Yves Le Gall qui rappelle que sur la précédente période, le budget était de 11,4 milliards : "Il y a une négociation budgétaire, et un bras de fer cette année. Mais le nouveau Commissaire chargé de l’espace, Thierry Breton, a dit qu’il serait impitoyable pour défendre le budget de l’espace. C’est une excellente nouvelle".

Le président du CNES estime que le programme Galileo, par exemple, pourra quand même continuer à se développer : "Aujourd’hui, on dit que Galileo est le GPS européen. Très vite, on va dire que le GPS est le Galileo américain. Nous gagnons 50 millions d’utilisateurs chaque mois ! (…) C’est un succès formidable."

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