Inflation : “On va atteindre 1,5 voire 2% d’ici quelques mois” estime l'économiste Marc Touati

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Cette hausse des prix, qui concerne notamment l’alimentaire, pourrait surtout toucher les moins favorisés.

On n’en parlait plus depuis quelque temps mais elle fait son retour : l’inflation pointe discrètement le bout de son nez en France et dans le reste du monde. Pour l’heure, cette hausse des prix est raisonnable, mais pour combien de temps ? Est-ce une menace à terme pour le pouvoir d’achat des Français ? Quelles conséquences aussi sur l’épargne ? L'économiste Marc Touati, fondateur du cabinet ACDEFI, invité éco de franceinfo mardi 23 février, nous donne ses prévisions.

Franceinfo : L’Insee estime cette inflation à +0,6% sur un an en janvier, c’est même un peu plus en moyenne dans la zone euro : +0,9%, toujours en janvier. Faut-il s’en inquiéter?

Marc Touati : C’est tout à fait logique. Je vous rappelle qu’il y a quelques mois nous avions une déflation. Pendant la pandémie [de Covid-19], on a eu un effondrement des cours des matières premières - rappelez-vous le pétrole à des cours négatifs - donc mécaniquement les prix ont baissé. Là, on a de bonnes nouvelles avec un redémarrage en Chine, en Inde, aux États-Unis, qui sont les locomotives de la croissance mondiale.

On va passer d’une baisse du PIB l’an dernier de -4%, à +5% de croissance mondiale cette année. Il y a donc une demande importante en matières premières, mais comme l’offre n’est pas là, cela crée une tension, et donc les prix sont en train d’augmenter.

Marc Touati

à franceinfo

L’inflation, c’est comme le cholestérol, il y a la bonne inflation, et la moins bonne. La bonne est due à une demande forte, qui crée des tensions. Le danger, c’est la deuxième : quand l’inflation est due uniquement aux cours des matières premières. Et c’est ce qui se passe aujourd’hui. Pour nous, Français, qui n’avons pas beaucoup de croissance, et des prix qui augmentent, il y a un risque d’aggravation de la situation. La Chine, les États-Unis, l’Inde, et même l’Allemagne, sont prêts à absorber le choc d’une augmentation de l’inflation. Alors qu’en France, nous ne le sommes pas, car la récession perdure, et le chômage augmente.

Est-ce que cette inflation est une menace pour le pouvoir d’achat des Français ?

Bien-sûr c’est une vraie menace puisque les revenus n’augmentent pas à l’aune des prix. Et surtout, quand on regarde le détail de la hausse des prix, ce sont notamment les biens alimentaires qui augmentent très fortement, donc les consommations du quotidien. Pour les moins favorisés, cette augmentation des prix focalisée sur l’alimentaire, ou sur l’essence et l’énergie, cela peut coûter encore plus cher qu’à d’autres types de populations.

Et cela va continuer d’après-vous ?

Concrètement, on va atteindre 1,5 voire 2% d’inflation d’ici quelques mois. Ca n’est pas de l’hyperinflation, comme dans les années 20, ça n’est donc pas dramatique. Mais le problème, encore une fois, c’est que les revenus n’augmentent pas à l’aune de cette hausse des prix, ce qui risque de faire baisser le pouvoir d’achat.

Quelles conséquences pour l’épargne accumulée par les Français depuis le début de la crise - quelque 200 milliards d’euros - comment la préserver dans ces conditions ?

Comme on a peur de l’avenir, l’épargne de précaution a tendance à augmenter. La bonne nouvelle c’est qu’avec la hausse des taux d’intérêt, elle sera mieux rémunérée. Le danger, c’est que les États ont envie de ponctionner cette épargne accumulée. Du coup, j’ai envie de vous dire : "carpe diem" ! Mieux vaut utiliser son épargne à bon escient, plutôt que ce soit le Fisc qui s’en charge. C’est peut-être la meilleure des protections contre cette hausse de l’inflation.

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