Géants du numérique : Margrethe Vestager, commissaire à la concurrence, "perçoit un changement"

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La Danoise, bête noire des géants américains du numérique, est l'invitée de VivaTech. Candidate à la présidence de la Commission européenne, elle souhaite que l'Europe soit "plus dure" face à certains concurrents étrangers, notamment chinois, quand leur concurrence n'est pas "équitable".

   

"L'interview eco" avec Margrethe Vestager, par Jean Leymarie
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Ils l’attendent de pied ferme. Au salon VivaTech, les géants du numérique auront la visite de Margrethe Vestager, la puissante commissaire européenne à la concurrence, vendredi 17 mai.

Invitée de "L’Interview éco", la Danoise, qui a notamment infligé de lourdes amendes à Google, Apple et Amazon, se réjouit pourtant de les rencontrer : "Je perçois un changement. Lorsqu’on a ouvert la première affaire Google, puis la première, la deuxième, la troisième, nous avons été critiqués. Allions-nous freiner l’innovation ? (…) Je pense qu’aujourd’hui l’approche est beaucoup plus calme. Nous voyons tous les avantages, tous les bénéfices, toutes les promesses du digital. Il faut bien sûr qu’on maîtrise le côté plus sombre, protéger les démocraties, la manière dont nous faisons des affaires également".  

Défendre la tech européenne face aux GAFA  

A VivaTech, Emmanuel Macron propose justement de revoir les règles de concentration, pour éviter que "les plus gros acteurs rachètent tout", visant implicitement les grandes entreprises de la Silicon Valley. La commissaire à la concurrence soutient cette proposition : "C’est très important, quand on voit la manière dont Google a fait son shopping en Europe, en achetant des centaines et des centaines d’entreprises, ces dernières années… Ça montre un côté positif, le fait que l’Europe est devenue très dynamique en termes d’innovation. Mais le revers de la médaille, c’est que ces entreprises ne puissent pas déployer cette croissance. Reste à voir comment on va envisager ces fusions…"  

Face à la Chine, une Commission "plus dure" ?  

Margrethe Vestager est également candidate à la présidence de la Commission européenne. Face aux entreprises chinoises, souvent très subventionnées, elle souhaite que l’Europe change d’attitude, pour mieux défendre son économie et ses propres entreprises : "L’Europe pourrait avoir davantage confiance en elle, et être plus dure quand il s’agit de défendre les conditions de concurrence équitables, les manières de travailler. Ceci doit refléter notre force".  

Regrette-t-elle alors d’avoir bloqué récemment la fusion entre Alstom et Siemens, justement destinée à répondre à la concurrence chinoise ? Elle souligne le caractère "extraordinaire" de ce veto, qui a suivi de nombreuses discussions avec les deux entreprises. "Normalement, on trouve des solutions", explique-t-elle. "Il y a quand même 3000 fusions qui ont été approuvées ces dix dernières années. Seules neuf ont été recalées…"  

Moins de lobbys économiques à Bruxelles ?

A Bruxelles, de grandes entreprises ont influencé ou tenter d’influencer des décisions politiques. Si elle prend la tête de la Commission, Margrethe Vestager réduira-t-elle l’influence de ces lobbys ? "Le plus important, juge-t-elle, c’est la transparence". Mais, ajoute-t-elle, "la transparence ne suffit pas". La danoise propose d’améliorer le système : "Il faut aller plus loin, toucher des gens qui représentent d’autres intérêts".  

Tous les six mois, on pourrait se réunir entre commissaires, pour voir qui nous avons rencontré, ce que nous avons appris, et comment nous pouvons trouver un certain équilibre dans les décisions que l’on prend. Les commissaires doivent pouvoir s’inspirer de l’expérience des autres commissaires. Ce qui est évident pour certains ne l’est pas pour d’autres.

Margrethe Vestager, commissaire européenne à la concurrence

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