Plan contre la radicalisation : "Il faut des moyens nouveaux pour l'administration pénitentiaire", selon Georges Fenech

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Georges Fenech, secrétaire national du parti Les Républicains en charge de la justice, était l'invité de "L'Interview J- 1", jeudi, sur franceinfo, à la veille du lancement du nouveau plan pour lutter contre radicalisation.

Il a présidé la commission d'enquête sur les attentats du 13-Novembre, Georges Fenech, le secrétaire national du parti Les Républicains en charge de la justice, était l'invité de L'Interview J- 1, jeudi 22 février, sur franceinfo, à la veille de la mise en place d'un nouveau plan gouvernemental de prévention de la radicalisation.

franceinfo : Édouard Philippe dévoile vendredi matin, à Tourcoing (Nord), un plan pour prévenir la radicalisation islamiste qui concernera les prisons et comportera des actions en direction des jeunes. Qu'en attendez-vous ?

Georges Fenech : C'est le 3e plan national de lutte contre la radicalisation (...) De ce que l'on sait déjà aujourd'hui, c'est qu'il faut des moyens, des dispositifs nouveaux pour les détenus radicalisés dans les prisons. On se souvient des graves incidents qui ont eu lieu (...) Là, il faut s'attendre à une augmentation en nombre des QER, ces quartiers d'évaluation de la radicalisation où se fait un travail très personnalisé par des éducateurs, des spécialistes, des psychologues pour évaluer la dangerosité d'un détenu pendant quatre mois et, après, l'orienter au bon endroit, au bon établissement, soit dans des cellules d'isolement, soit dans des établissements redéployés.

Pensez-vous qu'on a trouvé la solution aujourd'hui ?

Personne ne peut dire qu'on a trouvé la solution aujourd'hui. On tâtonne encore. On en est au stade expérimental. C'est un véritable défi pour l'administration pénitentiaire puisqu'il y a 500 détenus à peu près pour faits de terrorisme, dont une partie va être libérée en 2020 parce qu'ils auront purgé leur peine, et puis il y a environ 1 200 à 1 500 détenus radicalisés qui sont détenus pour d'autres causes, mais dont on sait qu'ils sont en voie de radicalisation ou déjà radicalisés (...) Nous sommes face à un phénomène qui est relativement récent et qui présente de véritables dangers pour notre société. Il n'y a pas que les prisons, il y a d'autres lieux de radicalisation. On va sans aucun doute nous annoncer, demain, la création d'un conseil scientifique des processus de radicalisation, parce qu'il est important de bien comprendre comment un individu peut basculer dans cette violence, dans cette radicalisation, dans cet endoctrinement. Faire un travail, encore une fois, sur-mesure. Les centres de déradicalisation n'ont pas fonctionné : le dernier, en Indre-et-Loire, a fermé. Il fonctionnait d'ailleurs sur le mode du volontariat, donc c'était très aléatoire. Tous ces dispositifs, qu'ils soient au niveau national, au niveau local, de prévention, auprès des familles, avec des signalements, des numéros verts, tout cela doit être coordonné, mené avec une action centralisée au niveau de l'État, de façon à se donner un maximum de moyens pour lutter contre ce phénomène avant qu'il ne soit trop tard.

Y a-t-il des certitudes sur ce sujet ?

Déjà, les attentats sur lesquels nous avons enquêté -Charlie Hebdo, l'Hypercacher, le 13-Novembre...- ont montré que la quasi-totalité des auteurs d'attentats étaient déjà des délinquants de droit commun qui se sont radicalisés, pour la plupart en prison. C'était des multirécidivistes, donc ce qu'il faut, c'est éviter ce prosélytisme à l'intérieur des établissements pénitentiaires. Il faut une véritable étanchéité de ceux qui peuvent contaminer le reste de la population pénale, ne serait-ce que pour protéger les autres détenus. Les syndicats pénitentiaires réclament des établissements véritablement dédiés à cette population. On n'en est pas là aujourd'hui. On est dans une demi-mesure qui consiste à isoler à l'intérieur des établissements. C'est très difficile, il faut revoir la configuration des lieux. Les unités dédiées, qui avaient été un certain temps installées à Fresnes et à Fleury-Merogis, n'ont pas fonctionné non plus.

On a encore du mal à cerner ce qui peut fonctionner ?

C'est un travail de très longue haleine (...) Il n'y a pas de solution miracle. Il y a des moyens importants qui doivent être mis derrière ce phénomène pour le combattre, parce qu'il n'y a pas uniquement des théâtres extérieurs : la menace terroriste est aussi chez nous. 

Y a-t-il une chose que vous réclamez au Premier ministre avant la mise en place de ce nouveau plan ?

Je pense que ce qu'il faut, c'est véritablement donner des moyens nouveaux à l'administration pénitentiaire, renforcer toujours la surveillance des lieux de culte (...) et, l'important, c'est que nous ayons des moyens au niveau du renseignement (...) le service territoriale, tout cela doit être renforcé. Ça l'est actuellement, mais il ne faut pas baisser la garde.

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