Notre-Dame-des-Landes : l'écologiste David Cormand appelle à "interrompre" l'évacuation et à "trouver les voies de l'apaisement"

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David Cormand, le secrétaire national d'EELV, était l'invité du "19h20 politique" sur franceinfo mercredi.

Au troisième jour de l'opération d'évacuation de la ZAD, à Notre-Dame-des-Landes, en Loire-Atlantique, mercredi 11 avril, le secrétaire national d'EELV, David Cormand, a estimé, sur franceinfo, que la situation était "en train de basculer en dehors de tout contrôle" et qu'il fallait "interrompre l'intervention" pour donner "une chance" à "une autre façon d'appréhender l'agriculture."

franceinfo : Comprenez-vous la stratégie du gouvernement à Notre-Dame-des-Landes ?

David Cormand : Non. La situation est en train de basculer en dehors de tout contrôle. Le gouvernement, en renonçant au projet d'aéroport, en l'ayant fait dans un climat apaisé, avec la médiation qui avait lieu, avait permis de faire baisser la tension. Là, on est en train de passer à côté d'une solution pacifique pour de mauvaises raisons. Le sujet qui bloque, c'est que ces terres de Notre-Dame-des-Landes appartiennent à l'État. Des personnes ont développé de vrais projets d'agriculture alternatifs et ont créé un écosystème, y compris avec les agriculteurs qui, historiquement, habitaient là. L'idée était de faire en sorte qu'il puisse y avoir des conventions d'occupation de ces sols entre ces nouveaux occupants et l'État. L'État dit cela doit être uniquement des conventions d'occupation individuelles. Or, certains groupes qui exploitent la terre ne demandent qu'une seule chose : une autre approche de l'agriculture. Plutôt que d'être dans une possession individuelle de la terre, on demande une convention d'occupation collective. Ils étaient en discussion à la préfecture et là, il y a une intervention. C'est ça qui a mis le feu aux poudres. Enfin, on arrivait à faire baisser la tension. Je suis très inquiet. Il faut réussir à poser le jeu, à interrompre l'intervention de la police et qu'on arrive à reposer les enjeux de débat et de dialogue sur la table.

Les eurodéputés EELV demandent une médiation au Premier ministre. Vous l'appelez également de vos vœux ?

Bien sûr. Depuis de nombreuses années, les écologistes cherchent une solution d'apaisement pour faire en sorte que l'on ait une sortie positive de l'histoire. Maintenant, il faut aller jusqu'au bout d'une solution pacifique.

Des tensions montent, à Notre-Dame-des-Landes, à l'université, chez les avocats... Comment voyez-vous évoluer ce printemps de mobilisations ?

Aujourd'hui, nous sommes à une fin d'un cycle politique. Dans nos démocraties, et pas seulement en France, il y a une brutalisation des débats qui m'inquiète. On voit bien la montée des populismes, la façon dont les débats sont posés avec beaucoup de violence. Cette violence est en train de se retrouver dans la société parce qu'il y a un modèle de société que défend le gouvernement, qui est un projet libéral dans lequel de plus en plus de gens sentent qu'ils n'ont pas leur place dans l'avenir. Répondre à cette inquiétude, il ne faut pas le faire en instrumentalisant la colère. Il faut au contraire trouver les voies de l'apaisement. C'est dans les moments de tensions qu'il faut faire preuve de sagesse, de hauteur et ne pas céder à la tentation de la violence. C'est ce qu'il faut attendre de l'ensemble des responsables politiques. Emmanuel Macron est président de la République. Il a fait un très grand pas à Notre-Dame-des-Landes. Cela serait terrible qu'à la fin, on en arrive à une situation dramatique. Des solutions existent. C'est juste donner cette chance à une autre façon d'appréhender l'agriculture. La convivialité, c'est une expérimentation qu'il faut accepter de laisser vivre.

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