Travis Tygart, l'homme qui a fait tomber Lance Armstrong

Le patron de l'agence antidopage américaine s'est battu sans relâche pour confondre le cycliste dopé. Si Armstrong a fini par avouer, c'est d'abord grâce à lui.

Travis Tygart a moins trois points communs avec Armstrong : il a le même âge - 41 ans - il aime le vélo et il ne lâche rien.
À part cela, Travis Tygart est tout le contraire du cycliste américain. Il est même devenu sa bête noire, surtout depuis l'été dernier, quand il publié cet énorme rapport sur Armstrong et son entourage.
La charge était violente. L'agence dénonçait "le programme de dopage le plus sophistiqué dans l'histoire du sport". Travis Tygart avait trouvé un mot pour tout résumer : "Une mafia".

Il fallait oser s'attaquer à l'icône Armstrong. Bien-sûr, le cycliste avait été dénoncé, plusieurs fois, y compris par d'autres coureurs. Mais autour de lui, il avait élevé un mur. Ce mur, Travis Tygart l'a attaqué avec une pioche et il a fini par le faire tomber. Il a de l'expérience : dix ans à l'agence antidopage, dont cinq ans comme directeur, et un palmarès de chevalier blanc.

Avant Armstrong, Tygart a fait tomber plusieurs tricheurs : l'athlète Marion Jones, le cycliste Floyd Landis. Au début, quand les premiers soupçons apparaissent, Travis Tygart fait comme avec les autres. Il propose à Armstrong de collaborer, de reconnaître qu'il se dope. Le champion refuse. L'agence continue son enquête, seule, contre vents et marées. Certains veulent la confier à l'UCI (Union cycliste internationale) ? Tygart refuse. Ce serait, dit-il, comme laisser "un renard garder le poulailler". Il se barricade, dans son siège de Colorado Springs. Les portes sont blindées, les caméras tournent en permanence. On ne plaisante pas avec la sécurité, car à chaque fois que Travis Tygart s'attaque à Armstrong, il reçoit des menaces de mort.

Le FBI est saisi. Avec son équipe de 40 personnes, le patron de l'agence continue à travailler.Son visage est sévère. Tygart a l'air dur. Il ne l'est pas tant que ça. Il est plutôt incroyablement têtu. Il se confie rarement. Il l'a fait, il y a quelques mois, dans le journal L'Equipe : "J'aime ce job", dit-il, "et je sais pourquoi je le fais. Les athlètes doivent être confrontés à la même justice, qu'ils soient puissants ou non".
Pour comprendre Travis Tygart, il faut peut-être regarder son parcours : beaucoup de sport, et surtout des études de philosophie et de droit. La morale et le droit, comme une évidence, même au plus haut niveau.
Armstrong a fini par avouer. Pour Travis Tygart, c'est "un petit bas dans la bonne direction". Une étape, rien de plus.