Grigny et ses habitants "invisibles"

Combien y a-t-il d'habitants dans cette commune de l'Essonne ? 26 860 ? 30 500 ? Les estimations montrent de gros écarts. Cette incertitude a de grandes conséquences financières.

Cela commence dès l'école primaire. A Grigny, 644 enfants n'apparaissent pas dans les chiffres officiels. Cela représente plus de deux groupes scolaires. Si on va plus loin, si on regarde toute la population de la ville, les chiffres sont encore plus mystérieux. Selon l'INSEE, Grigny compte seulement 26.800 habitants. Mais selon le fisc, ils sont 29.393. Et d'après un cabinet indépendant, qui a fait ses propres calculs, ils sont même 30.500. Il y aurait donc près de 4.000 personnes "invisibles", comme les appelle le maire de Grigny, Philippe Rio. 

Dans "Libération", dans l'article d'Alice Geraud, l'élu raconte les conséquences de cette affaire. Elles sont importantes, car beaucoup d'aides publiques sont attribuées aux communes en fonction du nombre d'habitants. Prenons l'exemple des écoles. Pour financer l'entretien des établissements ou pour financer les cantines scolaires, il faut savoir combien il y a d'élèves. Plus ils sont nombreux, plus la dotation est importante. Quand 644 enfants ne sont pas pris en compte, comme à Grigny, la mairie estime qu'elle perd 276.000 euros. Sur l'ensemble de la population, la commune perdrait même un million et demi d'euros. Grigny est une ville pauvre. Seulement 35% des foyers sont imposables. Un million et demi d'euros, ça compte. 

Comment 4.000 habitants peuvent-ils être "invisibles" ? C'est un phénomène étrange. Plusieurs raisons peuvent l'expliquer. Alice Géraud les énumère dans "Libération". La première, c'est une erreur dans le recensement de l'INSEE. Le maire de la commune est convaincu que l'institut chargé de la statistique s'est trompé. Mais l'INSEE n'est pas d'accord. Il répond que le maire n'a pas contesté les chiffres officiels quand il les a reçus. Ces désaccords entre les communes et l'INSEE sont fréquents. C'est logique, vu les enjeux financiers. 

Une autre explication est plus intéressante encore. En fait, une partie des habitants ne peut pas apparaître dans les statistiques. Il y a les personnes sans-papiers, d'abord - elles font partie des "invisibles". Et puis il y a tous lcs habitants qui sont hébergés illégalement. "Libération" prend l'exemple d'une immense copropriété : Grigny 2, une ville dans la ville, un îlot de pauvreté. Pour la statistique, Grigny 2 une zone grise. Selon les estimations, entre 12.000 et 17.000 personnes y vivent. Beaucoup n'ont plus les moyens de payer leurs charges. Des appartements sont squattés. Des marchands de sommeil hébergent parfois cinq familles dans un même logement. Des gens vivent jusque dans les parkings. Impossible de compter tous ces habitants. Derrière cette affaire de chiffres, il y a des vies, des visages que la crise a rendue "invisibles".

 

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