L'expérience Vendée Globe : Semaine 8

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Seize micros embarqués à bord de "LinkedOut", le bateau de Thomas Ruyant. Une installation de l'artiste Molécule qui offre une première mondiale : raconter le tour du monde à voile par l'audio. À vivre tous les jours de la course sur franceinfo.

Latitude 57°5' Sud à quelques dizaines de km des côtes chiliennes. La température de l’air est de 7 degrés, il fait 8 dans l’eau et le mer forme des creux de deux mètres.

Cap Horn. On y est. Linkedout a coupé la longitude 67° 17’ 21’’ Ouest à 00h40 TU (1h40 HF) en 3e position, croisant à une trentaine de milles dans le Sud du rocher de la Terre de Feu. Thomas Ruyant a donc été cette nuit le troisième cap hornier de la flotte du Vendée Globe. Belle ponctuation de la huitième semaine de course.

Ces derniers miles navigués ont été tout aussi éprouvants que la traversée de ce Pacifique Sud. Un air glacial et des éléments déchaînés contre lesquels le bateau a livré une partition qui s’entend dans le carnet de bord sonore du jour. On est embarqué dans l’environnement du marin sur son monocoque. A l’écoute, on comprend à quel point l’arrivée sur le Horn est une délivrance pour les skippers, la fin du tunnel austral que sont les océans Indien et Pacifique.

La houle du Pacifique qui part de Tasmanie ne rencontre aucune terre en allant vers l’Est. Et en quelques heures, les fonds passent de 3 000 mètres à moins d’une centaine, et ce plateau continentale génère des vagues qui restent dans l’esprit du navigateur, parfois la hauteur d’un immeuble de dix étages. Et quand le vent est fort, ce qui est souvent le cas, il est tout naturel de surnommer ce passage emblématique le Cap Dur.

Avant l’invention du baromètre, et sans prévisions météo, les explorateurs et aventuriers ne le franchissaient jamais. Pris dans la tourmente d’un vent fort de face qu’ils ne voyaient pas venir, ils disparaissaient corps et bien, rejetés vers le continent blanc et perdus dans les glaces. Ici, le passage est étroit, l’Antarctique est à moins de mille kilomètres. Il faut attendre 1616 pour voir cet éperon rocheux de la terre de feu passé par deux navigateurs hollandais, Willem Schouten et Jacob Le Maire. Quand le marin réussit à vaincre le Cap Dur, la tradition veut qu’"il crache et pisse au vent". Guère pratique en polaire dans des températures glaciales et gare à ce qu’un vent contraire ne renvoie pas ce don de la nature en plein face.

Tous les marins éprouvent le besoin de hurler au vent le passage du Horn, de se livrer comme pour évacuer la souffrance endurée avant le passage du cap mythique. Thomas Ruyant est Cap Hornier et ça se mérite. Même si depuis quelques années, c’est aussi un argument pour un tourisme de masse d’un genre nouveau. Des paquebots croisières à partir d’Ushuaia font un rapide tour des lieux pour remettre aux passagers le passeport tamponné "cap hornier". Pas de tampons pour les skippers, mais des selfies et des vidéos sur lesquels ils apparaissent le visage creusé et heureux. Et surtout le tampon touristique n’a aune valeur. Le vrai cap hornier doit avoir enduré les mers du sud pour mériter le sésame.

Linkedout a donc passé cette dent volcanique au sud du Chili où les falaises à plus de 400 mètres d’altitude, mais la course n’est pas finie pour autant. Et rien n’est joué. Il reste maintenant à remonter l’océan Atlantique, le tiers de la course tout de même. Avec toujours un foil en moins. Gérer l’influx nerveux, récupérer mais ne pas se relâcher. Revenir sur les deux leaders et gérer la flotte de poursuivants. Et avoir la bonne analyse des fichiers météos qui dressent des séquences anticycloniques de calme plat qu’il faudra contourner. Les écarts peuvent se creuser ou se compresser. Le suspense est total !

L’Expérience Vendée Globe

Voix et Son : Molécule

Mixage : Etienne Colin @Radio France

Rédaction en Chef : Eric Valmir

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