Patrick Chappatte, dessinateur attitré du journal "Le Temps", primé mercredi à Genève pour son travail

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Le caricaturiste suisse de 53 ans recevra ce soir le prix 2020 de la Fondation pour Genève. L’occasion de saluer ses trente ans de carrière et ses dessins publiés dans les journaux du monde entier, du "New York Times" au "Canard Enchainé".

Alors que le mot "caricaturiste" crispe ces derniers jours, c’est précisément la qualité pour laquelle Patrick Chappatte, 53 ans, dessinateur attitré du journal Le Temps, va recevoir ce soir le Prix 2020 de la Fondation pour Genève. Et ce au titre de "sa contribution exceptionnelle au rayonnement de la ville". S’il n’y avait que ça ! En réalité, Chappatte n’a pas dessiné que les débats qui animent Genève mais tous les bouleversements mondiaux des 30 dernières années.

Mère libanaise, père helvète, il naît à Karachi au Pakistan en 1967, avant de débarquer à Genève avec ses parents et de se mettre au dessin, à 7 ans, en griffonnant dans les marges de ses cahiers d’école. Rapidement, il invente des personnages, et croque ses premières bandes dessinées. Mais ce qui l’attire, ce sont les caricatures politiques publiées dans le journal que lit quotidiennement son père, La Suisse. "Pour l’épater, dit-il, je leur ai envoyé un de mes dessins, et j’ai su que j’avais été publié quand j’ai entendu mon père crier en ouvrant son journal dans le salon 'mais… c’est mon fils !'"

Le dessin de presse et l’humour, ça se fait en connivence avec un public. Le défi, c’est de trouver la bonne manière de le toucher.

Patrick Chappatte, dessinateur de presse

Le Temps

Il avait 17 ans. Depuis, de la guerre du Kosovo à la mort de Ben Laden, il a dessiné pour Der Spiegel, NewsWeek, le Canard enchaîné, le New York Times.
Il est allé sur tous les terrains : Guatemala, Côte d’Ivoire, bande de Gaza, Liban, Kenya. Et, à l’heure où les caricatures font débat, lui aussi raconte dans une interview au journal Le Temps qu’il a eu son lot de lecteurs indignés. Quand il a esquissé les effets du Viagra sur l’entrejambe d’un vieillard grabataire, ou lorsqu’il a représenté Silvio Berlusconi entouré d’escort-girls totalement nues : "Là, j’ai eu des lettres de parents choqués, dit-il, mais c’est tout le sujet : le dessin de presse et l’humour, ça se fait en connivence avec un public. Le défi, c’est de trouver la bonne manière de le toucher… Sachant qu’avant, résume Chappatte, on nous traitait de gauchistes, maintenant, les réactions sont plus identitaires, un peu plus susceptibles, et on peut se demander quelle place a l’humour dans tout ça."

Preuve en est le New York Times, le grand quotidien américain qui a mis fin à son contrat il y a un an, en décidant de ne plus publier aucune caricature dans ses pages. Ce qui montre bien qu’un dessin, ce n’est pas juste trois coups de crayon, mais bien un pouvoir, celui d’interpeller, de faire réfléchir, douter, rire, réunir aussi, et c’est précisément pour ça qu’en 2020, oui, on a encore besoin de poils à gratter comme Chapatte.

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