Le message surprenant d’un ouvrier découvert 165 ans plus tard dans une chapelle à Dijon

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Copié dans le presse-papier !

La lettre est signée du "sieur Nicolas Godard" qui y raconte sa vie et donne des nouvelles de la France du XIXe siècle. Le service des archives de la mairie de Dijon l’a authentifié, et l’acte de naissance de l’auteur a même été retrouvé.

Le message a été trouvé il y a quelques jours par un autre ouvrier, Victorien Coille, par hasard, alors qu’il travaillait à la restauration de la chapelle Sainte-Croix-de-Jérusalem, à Dijon, sur le site de la Cité de la gastronomie. Comme il l'explique au quotidien Le Bien Public, il était en train de faire une saignée dans un mur, c’est-à-dire de pratiquer un sillon entre les pierres, lorsque l’une d’elles a bougé. Il l’a donc retirée et a découvert, en dessous, une feuille soigneusement pliée en six. Une lettre signée Nicolas Godard et datée du 10 août 1856.

"En cette chapelle en réparation, a travaillé le sieur Godard, natif de Moloy, canton d’Is-sur-Tille." Il explique qu’il est artisan plâtrier, et qu’avant cela, à 18 ans, il a participé à la campagne de Crimée comme soldat, marin sur la frégate à vapeur L’Orénoque. Il donne aussi les noms de ses camarades de chantier, pour la postérité, pour qui voudrait bien tomber un jour sur sa missive. Puisque dans ce corps de métier, c’est la tradition de laisser une trace de son passage. Mais souvent, les messages ne sont jamais trouvés, ou se désagrègent et disparaissent avec l’humidité et l’œuvre des ans. Le sien a tenu, et nous fait vivre un voyage rare, dans la France de Napoléon III.

Au moment où ces lettres sont écrites, la plus grande misère règne à Dijon.

Nicolas Godard en 1856

dans sa lettre manuscrite

Que se passait-il en 1856 ? La moitié de l’hexagone était dévastée par des pluies torrentielles et des crues mortelles à Lyon, Avignon, Tours, Arles, Tarascon et la guerre de Crimée emportait avec elle pour les trois premiers mois de l’année 40 000 soldats, principalement morts du typhus et du choléra. Sauf… Nicolas Godard, rentré en Côte-d’Or et reconverti ouvrier. "Au moment où ces lettres sont écrites, la plus grande misère règne à Dijon", dit-il avant de citer un vers de Jean Racine : "Celui qui met un frein à la fureur des flots, sait aussi des méchants arrêter les complots."

Pourquoi ce vers tiré d’Athalie ? Peut-être en référence aux inondations ? À l’exaspération de la population face à l’autoritarisme de l’empereur ? On n’en saura pas plus, toujours est-il que l’écriture est parfaite, la plume bien lisible. On pourrait douter de l’originalité du document, mais le service des archives de la maire l’a authentifié et a même retrouvé l’acte de naissance du sieur Godard, né en 1838.

Drôle d’impression d’avoir des nouvelles d’un autre âge, de quoi se donner le vertige : que feront ceux qui viendront après nous ? Comment regarderont-ils notre époque, nos faits et gestes ? Où en serons-nous dans 165 ans, en 2186 ? 

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