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L’archéologue français François Desset vient de déchiffrer une écriture iranienne vieille de 4 400 ans

Découverte pour la première fois sur des tablettes d’argile en 1901, cette écriture, l’élamite linéaire, restait un mystère. Enigme résolue par l’archéologue François Desset, après dix ans de recherche. Il vient de l’annoncer lors d’une conférence vidéo et publiera l’intégralité de ses travaux en 2021.

Comme la référence de l’égyptologie Jean-François Champollion, il est Français. Et comme lui, il est parvenu à déchiffrer une langue ayant gardé son mystère pendant des millénaires. François Desset est archéologue. Il vient de décoder l’élamite linéaire. Une écriture phonétique, de type cunéiforme, retrouvée sur de multiples tablettes d’argile, précisément dans les ruines de la cité antique de Suse, en Iran. Le pays était anciennement appelé Perse et plus anciennement encore, il y a 4 500 ans, royaume d’Elam, d’où le nom de l’écriture en question, élamite linéaire.

Ce n’est pas une petite découverte : cela faisait plus d’un siècle, autrement dit depuis la mise au jour en 1901 des premières tablettes, que ce système d’écriture était connu. Mais personne, malgré toutes les tentatives en 119 ans, n’en a jamais trouvé la clé. Personne, jusqu’à François Desset, 38 ans, chercheur associé au CNRS Archéorient de Lyon et spécialiste de l’âge du bronze et du néolithique en Iran.

Grâce à ces travaux, je peux désormais affirmer que l’écriture n’est pas d’abord apparue en Mésopotamie seule mais que deux écritures sont apparues en même temps dans deux régions différentes.

François Desset, archéologue

Sciences et Avenir

L'archéologue ne s’est pas contenté de rêver devant Indiana Jones. Dix ans d’études, une thèse, un déménagement en Iran, plus de quatorze ans de travail, et enfin un déclic, en 2017, alors qu’il étudie une série de textes trouvés sur un vase funéraire en argent. Il repère des répétitions, des suites de signes parfaitement identiques et comprend qu’il s’agit d’un nom propre. Il trouve donc les noms de deux souverains, puis celui de la déesse locale, Napirisha, et à partir de là, décode le reste, syllabe après syllabe, trouvant une prière.

"Je ne me suis pas levé un matin en me disant que j’avais déchiffré l’élamite linéaire, dit-t-il à Sciences et Avenir, cela m’a vraiment pris dix ans (…) mais grâce à ces travaux, je peux désormais affirmer que l’écriture n’est pas d’abord apparue en Mésopotamie seule mais que deux écritures sont apparues en même temps dans deux régions différentes." C’est là l’autre révolution, puisque jusqu’à présent, le berceau mondial de l’écriture était la Mésopotamie, l’actuel Irak, anciennement Babylone. Avec ses tablettes vieilles de 4 400 ans, François Desset vient tout bouleverser.

Ces écrits élamites sont contemporains des écrits mésopotamiens ex æquo. De quoi montrer que l’histoire est toujours plus subtile et complexe qu’une simple chronologie. Mais qu’importe, en 2020, l’écriture élamite a donc enfin un lecteur. Un déchiffreur qui publiera l’ensemble de ses travaux sur le sujet l’année prochaine, en 2021.