L'étoile du jour. Charles Aznavour, l'homme aux 80 films

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Coup de cœur ou coup de griffe : tous les matins, Marie Colmant distribue ses bons points. Aujourd'hui, Charles Aznavour était aussi un acteur.

"L'étoile du jour" c'est bien évidemment Charles Aznavour, immense chanteur compositeur, mais aussi un formidable acteur. Et comme beaucoup de jeunes de cette génération qui émerge juste après guerre, à l'image des Johnny ou des Sylvie, le rêve de Charles Aznavour, c'est d'abord le grand écran, la fabrique à vedettes des années 50. Avant guerre déjà, à 14 ans, il joue un des jeunes pensionnaires du film Les Disparus de Saint-Agil entre Mouloudji et Serge Reggiani. Et puis, il bascule sur sa carrière de chanteur.

Mais très vite, dans les années 50, il rêve d'une carrière à la Sinatra, crooner superstar, mais aussi acteur superstar qui passe des films de Minnelli à ceux de Mankiewicz. La classe. C'est le réalisateur Georges Franju qui va donner sa chance au jeune Aznavour en 1958, dans La Tête contre les murs, où Aznavour donne la réplique au tout jeune Jean-Pierre Mocky. Aznavour y joue le rôle d'un type malade schizophrène et épileptique, pensionnaire d'un asile. Un rôle qui va lui donner l'occasion, très vite, tout de suite, de montrer le genre d'acteur qu'il est, et toute la modernité contenue dans son jeu fiévreux et son regard perdu.

Charles Aznavour, acteur de la nouvelle vague

C'est probablement cette modernité qui va attirer l'attention de François Truffaut, l'un des patrons de la nouvelle vague et l'amener à lui confier le rôle d'Edouard Saroyan, pianiste virtuose, qui gâche son talent dans des boîtes de nuit, après la mort de sa femme, dans l'impeccable Tirez sur le pianiste. Est-ce que le tournage s'est mal passé ? Y a-t-il eu des tensions entre Aznavour et Truffaut ? Sinon, comment expliquer le choix des films qui vont suivre, radicalement à l'opposé de l'univers de Truffaut et des jeunes turcs de la nouvelle vague ? Citons Un Taxi Pour Tobrouk avec Lino Ventura et La Métamorphose des cloportes, où Aznavour incarne justement un cloporte, qui a légèrement engourdi le carbure de Lino Ventura, un caïd sorti de prison. On comprend : comment résister à la saveur des dialogues de Michel Audiard ?

À la fin des années 70, il fait une apparition de six minutes dans le rôle d'un vieux marchand de jouets dans l'Allemagne des années 30, dans le film de Volker Schlöndorff Le tambour.  Bonne pioche : six minutes intenses inoubliables, qui donnent un peu d'humanité et de douceur au film qui décroche la Palme d'Or à Cannes en 1979. Est-ce l'inquiétude dans le regard de ce marchand de jouets juif qui sent monter le nazisme qui inspire à Claude Chabrol le personnage du petit tailleur des Fantômes du Chapelier ? Peut-être. Probable. Face à un Michel Serrault au sommet de sa forme dans le rôle d'un tueur de femmes, Charles Aznavour incarne le voisin qui sait tout et qui se tait. Un homme apeuré, mais qui reste debout par tous les temps. Un acteur au regard noyé, résigné parfois, un regard dans lequel on pouvait lire toute l'errance des peuples de l'Est, aussi irrésistible et bouleversante que cette rengaine tzigane qu'il va faire sienne : 

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