Veille du 1er mai, la démocratie sociale n'est pas à la fête

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Affaiblis par leurs divisions et mal aimés des Français, les syndicats et le patronat n'aident que très modérément François Hollande à mettre en œuvre la "démocratie sociale" promise en 2012...

C'était l'engagement numéro 55 du candidat François Hollande : "Tout texte concernant les partenaires sociaux devra être précédé d'une négociation avec eux (...) Je modifierai la Constitution pour qu'elle garantisse cette nouvelle forme de démocratie sociale". Trois ans plus tard, la Constitution n'a pas changé.. et surtout le dialogue social a du plomb dans l'aile, en dépit des espoirs de François Hollande, social démocrate assumé, pourfendeur pendant la campagne du dialogue social façon Sarkozy, jugé "confus, artificiel et brutal".. défenseur enfin de ces "corps intermédiaires" vilipendés par son prédécesseur.

 

Des grand messe remplacées par des rendez-vous thématiques 

 

Tout n'a pourtant pas si mal commencé : il y a d'abord eu la première grande conférence sociale, réussie, quelques semaines après l'arrivée de François Hollande à l'Elysée, puis un accord national interprofessionel signé en janvier 2013. Cinq mois plus tard, cet accord devient une loi, la loi de sécurisation de l'emploi.. jusqu'ici tout va bien, le mode d'emploi est respecté. Et puis au fil d'un quinquennat qui, sous les coups de boutoir de la crise, se délite, le dialogue social se complique, lui aussi. Des portes qui claquent, conciliabules avortés, protestations enflammées : la 3ème conférence sociale, début juillet 2014, tourne au vinaigre.. ce sera d'ailleurs la dernière. Depuis, plus de grand' messe générale, mais des rendez-vous thématiques.. le prochain, consacré aux PME et TPE est programmé en juin. François Hollande devrait y participer. 

8% de salariés syndiqués 

 

L'un des noeuds du problème est qu'un dialogue social apaisé suppose des syndicats forts.. et qu'en France, les syndicats de salariés comme de patrons sont faibles. Cinq millions de salariés syndiqués après-guerre, moins de 2 millions aujourd'hui, soit 8% du total. C'est l'un des taux de syndicalisation les plus bas des pays développés. Le Figaro publie aujourd'hui un sondage Opinion Way peu favorable aux syndicats.. plus de la moitié des personnes interrogées les jugent "inutiles", et plus des 2 tiers estiment qu'ils ne sont "pas représentatifs" des salariés. 

 

Côté patronat, ce n'est pas beaucoup mieux. A entendre un proche conseiller de François Hollande, le Medef n'est représentatif, ni des grosses entreprises qui se passent de ses services, ni des petites pme innovantes. Et le patronat est au moins aussi divisé que les syndicats de salariés, entre le medef et la CGPME par exemple, c'est "un bazar politique comme il n'y en a jamais eu", selon cet influent conseiller qui y voit l'origine de l'échec de la négociation sur le dialogue social. Celle-ci aurait dû être l'illustration de la nouvelle démocratie sociale façon François Hollande, au lieu de quoi, les discussions ont capoté en janvier.. résultat : une loi venue d'en haut, concoctée par le ministère du travail, sera soumise fin mai à l'Assemblée, sans passer par la case négociations. De quoi satisfaire, d'ailleurs, certains parlementaires, retrouvant là leurs prérogatives de législateurs.

 

La social démocratie, ça ne marche pas en France 

 

Car la démocratie sociale ne fait pas l'unanimité, y compris à gauche. Si la culture du compromis va de soi chez François Hollande, ça n'est pas nécessairement le cas de toute sa famille politique. Le précédent locataire de Matignon, le très germanophile Jean-Marc Ayrault, était au moins aussi attaché à la démocratie sociale que son patron de l'Elysée, mais ça n'est peut-être plus autant le cas depuis que Manuel Valls est devenu premier ministre. Manuel valls, qui répète à qui veut l'entendre qu'il faut lever les blocages et fait du volontarisme un marqueur de son identité politique.  "La social-démocratie, ça ne marche pas en France" explique de son côté une responsable socialiste. "On n'a pas la culture du compromis, on ne sait pas faire.. il faut produire du consensus autrement, relégitimer le politique pour le rapprocher des citoyens, en prenant acte de la faiblesse des syndicats" A utrement dit en les ignorant. La même responsable fustige des syndicats "hyper ringards", dans un style bien peu hollando-compatible. 

 

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