Une rigueur électorale

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Un plan de rigueur, habituellement, c’est une potion amère que les électeurs ont du mal à digérer. Mais à six mois de l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy et François Fillon veulent faire de ce plan de rigueur un atout pour la campagne présidentielle.

 C’est une rigueur qui s’inscrit très clairement dans une stratégie politique.

Il ne s’agit pas d’une rupture, prévient d’entrée de jeu François Fillon, mais d’une accélération de la stratégie du gouvernement.

Sous-entendu, cette stratégie reste la bonne. Il ne s’agit en aucun cas d’un tournant ou d’un reniement.

Du coup, il est plus facile de justifier cette accélération en faisant l’impasse sur le bilan des années de présidence Sarkozy, puisqu’elles sont le fruit d’une politique qu’il faut amplifier.

Selon François Fillon, si la rigueur se justifie en France aujourd'hui, ce n’est pas exclusivement du à la crise, mais aussi à trente ans de vie à crédit. Une spirale dont il faut sortir, et qui n’a rien à voir avec les choix sarkozystes.

Le Premier ministre se donne le beau rôle

Il rappelle qu’il avait été le premier, et le seul, à parler d’une France en faillite.

C’était en septembre 2007 : « Je suis à la tête d’un état de situation de faillite sur le plan financier, un Etat qui est en déficit chronique depuis 15 ans », avertissait le Premier ministre.

A l’époque, le propos avait été jugé excessivement alarmiste dans la majorité, aujourd'hui, il permet à François Fillon de revendiquer sa cohérence, dans l’analyse, et par conséquent dans l’action.

Ce que l’opposition va contester :

Evidemment, les socialistes accusent Nicolas Sarkozy d’avoir perdu 75 milliards d’euros de recettes, au bénéfice des plus privilégiés depuis 2007, à travers le bouclier fiscal, la baisse de la TVA dans la restauration, la suppression de la taxe professionnelle, l’allégement des droits de succession pour les gros héritages, et l’ISF, même revisité.

Reste que la situation économique de la France est difficile, au point que François Hollande lui aussi reconnaît la nécessité de la rigueur, mais une rigueur à sa façon.

Et tout l’enjeu pour le candidat socialiste sera d’assumer et incarner une rigueur différente de celle de l’actuelle majorité.  

Il la dit sérieuse sur la gestion des finances publiques et rigoureuse à l’égard des plus fortunés qui ont beaucoup reçu.

Et voilà donc François Hollande, qui se veut le prochain Président, en position de premier opposant au Premier ministre, François Fillon, et non à Nicolas Sarkozy Président candidat sortant.

Fraçois Hollande obligé de se repositionner

Car le couple exécutif retrouve toute sa complémentarité politique.

Alors que Nicolas Sarkozy était caricaturé en président des riches, grâce à François Fillon, l’homme de la rigueur, le duo Président / Premier ministre se rééquilibre.

 Il devient le duo des constants, des expérimentés, des courageux selon le vocable en cours à la majorité.

Mieux, sur le plan politique, il regagne du terrain perdu lors des primaires socialistes.

 Avant les débats du PS, la majorité n’usait que d’un argument face aux socialistes, ils n’ont rien à proposer.

 Après le débat, les responsables de la majorité se sont retrouvés en position de commentateurs des débats du PS, en position de contre.

 Aujourd'hui, c’est de nouveau le PS qui est appelé à réagir aux propositions du gouvernement.

Une position moins avantageuse dont François Hollande essaie de se défaire en disant qu’il n’est pas un contre président, mais le prochain.

La formule parait un peu prétentieuse, mais elle révèle surtout l’inconfort de François Hollande. Obligé de ne pas dévoiler ses batteries avant l’entrée en lice de Nicolas Sarkozy, mais obligé d’occuper un espace que Fillon s’emploie à investir, au profit de Nicolas Sarkozy qui lui, préserve sa distance élyséenne.

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