L’effet goutte à goutte du FN

La droite est redevenue majorité au sénat, comme elle l’avait toujours été avant la victoire de la gauche en 2011. Le résultat inédit de ce scrutin, c’est l’élection de deux sénateurs du Front National, Stéphane Ravier dans les Bouches du Rhone, et David Rachline dans le Var. Une confirmation de la dynamique FN.

Le Front National dispose désormais d’un certain nombre d’élus, qui votent aux sénatoriales. Mais ce qui est surprenant, c’est le score du Front National globalement aux sénatoriales. Il dépasse son étiage « officiel ». Il obtient plus de voix que son nombre d’élus déclarés et assumés comme étant Front National. Dans le Var, par exemple, on ne dénombre que 251 élus FN ou Bleu Marine, or le candidat du FN a obtenu 400 voix. Même chose dans les Bouches du Rhône, 200 élus locaux, 431 voix. (selon un décompte de nos confrères du Monde). Il ne s’agit plus du geste protestataire de citoyens en colère, mais du vote réfléchi d’élus investis du mandat de leurs électeurs, chargés de désigner les sages du palais Bourbon. Le vote en faveur du Front National correspond à un choix délibéré, ils ne relève plus du coup de sang.

 

Comment expliquer cette évolution ?

 

La réforme territoriale n’est sans doute pas étrangère à ce choix. Les candidats FN ont habilement mené campagne sur ce dossier - qui déplait aux élus locaux - plutôt que sur les enjeux nationaux chers aux partis de gouvernement. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que el Front National se montre habile dans ses choix de campagne électorale. Sur le plan national, il fait campagne contre l’UMP et le PS, les deux partis de gouvernement. Mais dans les campagnes électorales, il sait adapter son discours aux enjeux du moment. Après les municipales, au lieu de vouloir pousser l’avantage sur le thème de la sécurité, le parti de Marine Le Pen a mis en avant un contre-projet européen, qui tourne le dos à l’Union. Aux sénatoriales, le FN a misé sur la réforme dont les élus ne veulent pas.

Deus sénateurs peuvent-ils révolutionner le palais Bourbon ? 

On peut minimiser le progrès du FN en le cantonnant à son résultat mathématique. Mais la politique est aussi une affaire de dynamique. Et aujourd'hui, la dynamique est du côté du FN. Parce qu’il gagne des points électoraux, mais surtout, parce qu’il fait désormais partie du paysage politique. Des élus n’hésitent plus à voter pour lui. Son discours se banalise. Cela ne veut pas dire qu’il devient banal et sans intérêt, cela signifie que le discours du Front National ne choque plus. Une goutte d’eau ne produit pas beaucoup d’effet, en apparence.  Mais goutte à goutte, l’eau creuse la pierre. 

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