Hollande-Ayrault : l'embellie médiatique

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C'était il y a tout juste une semaine : la France entrait en guerre au Mali. François Hollande endossait l'uniforme de chef des armées. La classe politique mettait ses querelles en sourdine. Un contexte exceptionnel, pour un début d'année traditionnellement consacré aux voeux du Président de la République et de son Premier ministre. Voeux notamment à la presse, hier prompte à brocarder le couple exécutif, aujourd'hui beaucoup moins féroce.

C'est à croire que l'union sacrée n'est pas seulement affaire politique. En témoigne le changement de ton à l'égard de François Hollande et Jean-Marc Ayrault. Avant Noël, le premier était accusé d'indécision, le second d'amateurisme. Cette mauvaise presse d'hier, Jean-Marc Ayrault a tenté d'en sourire, ce vendredi midi, devant un parterre de journalistes conviés à Matignon : "Le métier qui est le vôtre est exigeant, et vous savez vous-mêmes vous montrer exigeants à l'égard du gouvernement... je crois que je peux en témoigner très sincèrement !"

Mercredi dernier à l'Elysée, c'est François Hollande, le président banal, mou, indécis de 2012, qui se dit à la recherche de la "bonne posture " :
"c'est toujours un dilemne pour le Président de la République : soit il est trop proche et il devient banal - je n'ose pas dire normal... soit il est distant et il s'isole, il s'enferme. Donc j'essaie de trouver la bonne posture, suffisamment proche pour rester près de vous, et néanmoins suffisamment distant pour faire comprendre aux Français que le pays est dirigé ".

Preuve justement que "le pays est dirigé ", l'intervention au Mali consacre François Hollande en chef de guerre, et occupe l'essentiel de ses voeux à la presse : "cette décision que j'ai prise vendredi dernier était nécessaire. Si ce choix n'avait pas été fait, il serait trop tard, le Mali aurait été conquis entièrement, et les terroristes seraient aujourd'hui en situation de force [...] C'est en étant ferme, y compris en intervenant comme nous le faisons au Mali, que nous faisons céder les preneurs d'otage ".

Une fermeté censée contredire les critiques formulées à l'encontre du Président il y a encore quelques jours. Fermeté aussi en matière de politique intérieure, croient observer certains commentateurs, qui relèvent les déclarations de François Hollande sur le mariage pour tous, pour lequel il écarte toute idée de referendum, et sur le non-cumul des mandats, une règle qu'il entend appliquer à tous les parlementaires, quitte à fâcher une partie de sa majorité.

Mais l'embellie médiatique s'annonce de courte durée. Sur le plan politique, l'unité nationale autour du président est déjà mise à mal : l'UMP redonne de la voix, et le combat politique reprend ses droits. Par ailleurs, François Hollande le sait, ce n'est pas une entrée en guerre qui permet de renouer durablement avec la popularité. Outre les incertitudes liées au conflit lui-même, à sa durée, au possible isolement de la France au Mali, il faut compter avec les difficultés quotidiennes des Français. "L'intervention ne doit pas occulter la politique du gouvernement et les priorités que j'ai fixées pour l'année 2013", insiste François Hollande devant la presse. Jean-Marc Ayrault fait de même : "Cet engagement ne nous éloigne pas des autres priorités sur lesquelles nous avons pris des engagements devant les Français pour le redressement de notre pays ". Priorité, donc, à l'emploi, et à l'inversion de la courbe du chômage avant la fin de l'année. Le principal terrain sur lequel le couple exécutif pense qu'il sera jugé.