François Hollande n'est plus normal

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !

L'info politique du jour, et même de cette rentrée, c'est l'intervention télévisée de François Hollande hier soir, au 20h de TF1. Un président de la République un peu moins "normal".

Il n'est plus normal, il est simple. Il n'est
plus immobile, il est au combat. Il n'est plus prudent, il s'oblige à un
calendrier. Avec quelques mots nouveaux dans son vocabulaire, hier soir,
François Hollande s'est efforcé de corriger le portrait qu'un été, un peu trop
banal, avait dessiné de lui.

Le socialiste assume la rigueur. Même s'il ne
reprend pas l'expression à son compte, le message est clair, les français ont
deux années d'efforts devant eux, les impôts vont augmenter, le marché du
travail va être réformé. François Hollande n'a pas promis un lit de pétales de
roses, mais plutôt leurs épines.

C'est ce qui change, François Hollande prend

des risques. Il est vrai qu'il ne pouvait plus faire autrement.

Il en avait
trop fait sur le thème du président normal. Prendre le train, cela ne relève
pas forcément d'une mauvaise communication mais quand le message présidentiel
donne le sentiment de se résumer à cette posture il en devient contre-productif.
Car à force d'être normal, François Hollande était devenu lisse, effacé, pour
ne pas dire absent. D'où un certain flottement au sein du gouvernement.
Certains ministres rivalisant devant les caméras, tandis que d'autres
socialistes persiflaient en coulisses contre le manque d'autorité du Premier ministre,
Jean-Marc Ayrault. La droite profite alors de cet appel d'air, pour dresser le
portrait d'un Président socialiste immobile, dépassé par les événements,
tétanisé par l'ampleur de la crise.

Et une critique très dangereuse prospère à
propos de François Hollande, au lieu d'un président normal, qui assume sa
fonction sans se laisser impressionner par les ors de la République, il n'est
pas loin de devenir un président immobile.

Et c'est fini, François Hollande ne peut plus être
accusé de subir les événements.

Il l'a dit lui-même, les cafouillages de
ministres inexpérimentés, c'est fini. Les contours de postes un peu flous, au
sein de l'exécutif aussi. Le chef de l'Etat " fixe le cap, donne
le rythme et les étapes ".
Certains veulent croire à un retour de
l'adage chiraquien " je décide, il exécute ", envers
son rival ministre d'Etat Nicolas Sarkozy. Mais les relations entre François
Hollande et Jean-Marc Ayrault ne relèvent pas de ce registre conflictuel. Le
plan de carrière de Jean-Marc Ayrault ne prévoit pas de succéder à François
Hollande à l'Elysée. Si François Hollande se place en première ligne, cela
correspond à une lecture traditionnelle de la constitution, selon laquelle
donc, il fixe le cap, et même, le calendrier.

Cet "agenda du
redressement ", qui l'expose à un vote sanction lors des élections de
2014.

La fin de l'année sera le temps de la
négociation, 2013 celui de l'application du fruit de ces consultations, l'année
également du recul du chômage, et 2014, celle du redressement des comptes, et
de la fin du pain noir, comprennent les français. Avec de telles promesses, les
élections (municipales, régionales et européennes) prendront forcément valeur
d'un " stop ou encore électoral " pour l'équipe en
place. François Hollande en prend le risque. Le président normal a effectué une
petite mue hier soir. Jusque là, il était celui sur lequel glissent les
critiques. Hier, en précisant l'échéancier de son action, de ses résultats, et
du moment de la sanction par les français, François Hollande a pris le risque
de déplaire. C'est normal, mais osé.

Vous êtes à nouveau en ligne