Emmanuel Macron : la cacophonie de la virgule

Emmanuel Macron est accusé d’avoir rallumé le feu du débat sur l’allocation chômage. Au Journal du Dimanche, Emmanuel Macron avait dit vouloir aborder ce sujet "sans tabou ni posture". Il n’en faut pas plus pour que dans les allées du pouvoir, l’on s’interroge sur un "axe Valls-Macron".

La question taraude les décrypteurs de la vie politique : Le Premier ministre et le ministre de l’Economie ne se seraient-ils pas déjà distribué les rôles pour la présidentielle de 2017 ?  L’un et l’autre s’illustrent par un verbe assez direct, et une ligne économique dénoncée comme droitière par l’aile gauche du PS. Manuel Valls est bien moins impopulaire que François Hollande. Pourquoi ne tenterait-il pas de lui souffler la place ?  Et pourquoi Emmanuel Macron ne lui ferait-il pas la courte échelle ? Il est vrai que l’idée d’ouvrir le débat sur l’allocation chômage ne leur donne pas d’urticaire. Manuel Valls et Emmanuel Macron le disent.

Ils l’ont dit tous les deux la semaine dernière, ce débat peut venir, entre partenaires sociaux, lors de la renégociation de l’accord en 2016. La gauche du PS en a tremblé d’effroi. François Hollande a étouffé la crise naissante, en précisant que pour le moment l’important, c’est l’emploi. La président a parlé, et justement, Emmanuel Macron repose le problème. Ça fait un peu désordre au sein de l’exécutif. Si l’on simplifie, le président dit  "pas maintenant". Et le ministre dit  "le sujet reviendra en temps voulu », sans même une virgule entre les deux, qui aurait insisté sur le complément circonstanciel de temps.

La cacophonie révélée au sein de l’équipe dirigeante

François Hollande est obligé de préciser : "la négociation viendra le moment venu, pas immédiatement."  Avec une virgule entre les deux compléments circonstanciels. Ce lundi après-midi, Emmanuel Macron précise, et évoque "la litanie du temps."

Il voulait peut-être plutôt parler de la liturgie du temps. Toujours est-il qu’il affirme toujours que des discussions se rouvriront en 2015/2016. « On ne peut pas mentir aux Français », juge le ministre de l’économie, en appelant les commentateurs à lire son interview jusqu’au bout. Ce que vous avez fait … Et force est de constater qu’Emmanuel Macron lui aussi rappelle que le dossier dépend des partenaires sociaux, même si l’Etat, in fine, a un rôle à jouer. Sa seule nuance est dans le style "sans tabou ni posture" dit-il, après avoir estimé que personne ne pouvait se satisfaire d’une assurance chômage en  déficit de 4 milliards d’euros. Emmanuel Macron n’a pas la langue dans sa poche. D’ailleurs, il brise un autre tabou dans cet entretien.

Il estime que François Hollande pourrait être en mesure de se présenter en 2017, en précisant  "son style et sa volonté de concorde permettent d’agir en profondeur".

Une conviction qui ne cadre pas vraiment avec l’idée d’un axe avec Manuel Valls pour pousser l’actuel président de la République en dehors du jeu. Il s’agit plutôt d’une répartition des rôles. Le ministre rassure Bruxelles sur la volonté réformiste du gouvernement dans les années à venir. Le président rassure sur les acquis sociaux et les réformes qui iront piano piano en préservant les intérêts de tous.