Déficit : la France répond-elle vraiment aux attentes de Bruxelles ?

Le gouvernement a répondu ce lundi à la demande de Bruxelles de réduire son déficit en annonçant qu'elle allait baisser la note de 3,6 milliards d'euros. Pas franchement convaincant.

Comme un tour de magie. La France serait maintenant dans les clous pour son budget. Le gouvernement a répondu à Bruxelles et Michel Sapin, le ministre des Finances, a trouvé 3,6 milliards d’euros de déficit en moins. Mais on ne peut pas dire qu'il a trouvé 3,6 milliards d'euros d'économies supplémentaires. Comme le répétait encore François Hollande la semaine dernière, il n’est pas question d’aller au-delà des 21 milliards d’euros d’économie prévus. En fait, et pour faire simple, Michel Sapin a repris ses calculettes, refait ses tableaux. Les taux d’intérêts sont très bas, historiquement bas, donc notre dette de 2000 milliards d’euros nous coûte moins cher. Premier tour de passe passe. Ensuite, il y a le fait que la France versera moins à l’Union européenne pour son budget. Ca fait quand même un milliard d’euros. Enfin, le ministre des finances promet de nouvelles recettes en amplifiant la lutte contre la fraude et l’optimisation fiscale. Dans sa lettre à Bruxelles, Michel Sapin ne donne pas le détail de ses calculs,  mais il est sûr de lui. Il l’a confié à des journalistes lundi après-midi : "Ca nous permet de rester dans les clous". Autrement dit, après la lettre d’avertissement de la commission  la semaine dernière, il ne devrait pas y avoir de deuxième lettre mercredi. 

 

La France ne répond pas vraiment aux attentes de Bruxelles 

Ce que demande la commission européenne, ce sont des efforts structurels. C'est-à-dire des réformes lourdes pour que l’Etat français dépense moins d’argent. C'est-à-dire de s’attaquer à ce que l’on appelle le déficit structurel. Michel Sapin ne répond pas vraiment au courrier de Bruxelles. Le ministre des finances est plutôt, pour caricaturer, dans les jeux d’écriture. Dans ce qu’il avance ; des taux d’intérêt plus bas, des recettes fiscales supplémentaires. Il n’y a rien qui relève de réforme de structure, par définition. Le but de cette lettre, en fait, c'est d'abord de ne pas laisser les questionnements de Bruxelles sans réponse…

Même si cette lettre de la commission était "très banale", c’est ce que disait François Hollande la semaine dernière lors du sommet européen. Une lettre très banale, mais le gouvernement français était quand même obligé d’y répondre. Si la réponse n’est pas des plus convaincantes, le gouvernement français continue de faire un pari. Bruxelles ne peut pas rejeter le budget de la France, la deuxième économie de l’euro et lui infliger une amende de plusieurs milliards d’euros. C’est un raisonnement uniquement politique. Personne ne veut imaginer les conséquences d’une telle décision. Les conséquences sur l’image de l’Europe, sur les 28 pays et sur les opinions…

 

Cette tension avec l'Europe peut avoir des conséquences sur le plan intérieur

Mais ce bras de fer pourrait être bénéfique pour le gouvernement. Il montre à sa majorité, agitée en ce moment que les réformes menées en ce moment sont indispensables. Que l’on ne vit pas hors de tout contexte économique. C’est un message pour les frondeurs notamment. Et, en même temps, le gouvernement a l’occasion de montrer les limites de ces efforts, puisqu’il résiste à Bruxelles qui lui en demande plus. Le message vaut pour toute la majorité. C’est un double jeu toujours un peu dangereux. Car à la fin, c’est l’opinion qui risque encore d’en vouloir à tout le monde au gouvernement et à l’Europe…