Comment la réforme des collèges s'est transformée en bataille politique

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La bataille politique à laquelle se livrent les ténors de droite comme de gauche sur la réforme des collèges n’en est qu’à ses débuts, mais un homme, Bruno Lemaire, a déjà marqué une très grosse victoire.

Bruno Lemaire a réussi un joli coup de maître. Personne ne l’avait vu venir et il a mis au premier plan cette contestation contre la réforme du collège. Il a rassemblé à cette heure-ci. 231 parlementaires dans sa fronde. Il est devenu le premier des opposants, alors que Nicolas Sarkozy donnait au même moment des interviews sans relief dans la presse et que la justice confirmait la procédure engagé pour trafic d’influence contre l’ancien chef de l’état. En un mot, Bruno Lemaire a dégainé au bon moment, et sur un thème porteur. Ca s’appelle tout simplement : "faire de la politique".  Est-ce un vrai sujet ? Est-ce que ça mérite autant d’attention et de réaction ? Evidemment. Dès qu'il s'agit d'école, c'est sensible. D’ailleurs, ce lundi soir, Nicolas Sarkozy qui tient un meeting en région parisienne, il y a fort à parier qu’il ne pourra éluder le sujet. 

Comme le confie un responsable socialiste : "C’est un très grand classique de la vie politique. Tout comme la gauche répétait que Nicolas Sarkozy est l’ami des riches, la droite aurait tort de ne pas répéter que les socialistes font de l’égalitarisme et nivèlent par le bas" . C’est exactement ce qui se passe avec la réforme des collèges. Nous sommes dans une opposition droite / gauche, dans le clivage le plus classique. Le gouvernement peut expliquer qu’il veut s’attaquer au mauvais résultat du système éducatif français, donner plus de chance à tous les élèves. Ce n’est pas forcément ce qui est encore audible aujourd’hui. 

 

L'éxecutif tient bon, jusqu'à quand ? 

Le débat ne suffit pourtant pas à faire vaciller le gouvernement. J ustement parce qu’il considère qu’ils sont précisément dans ce bloc contre bloc classique. En quatre jours, François Hollande puis Manuel Valls ont apporté quatre fois leur soutien à la ministre de l’Education Najat Vallaud-Belkacem et à sa réforme du collège. Le dernier soutien en date, c’est à Lyon, lundi en milieu d'après-midi. Manuel Valls a carrément appelé les français a se mobiliser pour défendre la "belle réforme du collège"… Pour l’instant, ça tient bon à la tête de l’Etat. Et  il n’y a pas de contagion franche. La gauche de la gauche et la gauche du PS ne sont pas encore vent debout. Mais une crainte commence à s’exprimer dans les rangs. Il y a des soutiens-critiques à cette réforme, comme celui de Jack Lang, l’éternel ministre de la Culture et de l’Education. C’était la semaine dernière. Il y a aussi des interrogations sur la façon de faire de la ministre de l’Education. Comme les rangs socialistes sont aussi jamais très loin du monde enseignants. Des responsables socialistes estiment encore sous couvert d’anonymat que Najat Vallaud-Belkacem devrait faire quelques concessions. Il y a en a eu sur l’allemand, première langue. Il y a aura peut-être aussi sur le latin et sur le grec. 

En fait, le gros problème de la majorité, c’est que c’est un débat sans cadre. L’idée d’un député PS influent, c’est de demander dans les heures qui viennent que l’assemblée se saisisse du sujet et en débatte dans l’hémicycle. Son but c’est de stopper les mensonges distillés sur les réseaux sociaux et dans les médias. Des contrevérités, selon ce député qu’il est impossible de contrecarrer au coup par coup. Car il faut bien se rendre à l’évidence ; le gouvernement et l’Elysée jouent la fermeté mais cela ne suffit pas. François Hollande, comme Manuel Valls, pense que cette réforme est aussi l’occasion de démontrer que la droite, en fait veut que rien ne change. Que derrière ses critiques, elle est surtout ultra-conservatrice. Ils ne peuvent donc plus reculer pour ne pas se contredire. Mais attention, l’histoire politique de ces dernières décennies,  jusqu’au dernier quinquennat nous a appris au moins une chose, une seule ; le collège, l’école est un sujet très très sensible pour les gouvernements de droite, comme de gauche.  Rares sont ceux qui ont écrits l’histoire à l’avance, et rares sont ceux qui sont sortis indemne d’une réforme avortée. 

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