Comment l'Elysée a relancé la machine à polémique sur l'affaire Karachi

Au « no nomment » d’hier, a succédé un communiqué de l’Elysée pour dénoncer une calomnie et une manipulation politicienne. La présidence assure que le nom du chef de l'Etat n’apparait dans aucun des éléments du dossier. Une affirmation qui a relancé la machine à polémique, Marie-Eve Malouines.

A New York hier, l’entourage présidentiel a traité le sujet par le mépris. Le président avait d’autres affaires, bien plus graves et urgentes à traiter, que ces allégations sur un dossier qui ne concerne pas l’ancien porte parole d’Edouard Balladur.
Mais le ton a changé aujourd'hui.
Alors que Nicolas Sarkozy participe aux cérémonies d’anniversaire de la statue de la Liberté, à New York...
A Paris, ses services publient un communiqué au ton sec.
Première précision : porte parole d’Edouard Balladur, Nicolas Sarkozy n’a jamais exercé la moindre responsabilité dans le financement de sa campagne.
Ce que nul ne conteste.
Les attaques les plus directes sur Nicolas Sarkozy quant au financement, occulte ou non, de cette campagne en 1995, portent simplement sur le fait de savoir, si ce conseiller si proche d’Edouard Balladur, pouvait tout ignorer, du financement de sa campagne.
Alors que la justice estime pouvoir obtenir des précisions intéressantes auprès deux personnes qu’il connaissait très bien, le directeur de cabinet d’Edouard Balladur, Nicolas Bazire, son témoin de mariage, et Thierry Gaubert, l’un de ses collaborateurs à Neuilly puis au ministère du budget.
Accusation sous forme d’interrogation, d’insinuation, et donc de procès d’intention. C’est ce qu’aurait pu se contenter de répondre l’Elysée.

Mais le communiqué ne s’arrête pas là…

Deuxième précision de l’Elysée.
S’agissant de l’affaire dite de « Karachi », le nom du chef de l'Etat n’apparaît dans aucun des éléments du dossier. Il n’a été cité par aucun témoin ou acteur de ce dossier.
Cette affirmation-là, de la part du Palais présidentiel, est surprenante, car elle suppose la connaissance exhaustive, et rapide, de toute la procédure, par une personne qui y est totalement extérieure.
Du coup, l’opposition de gauche bondit.
Ségolène Royal s’étonne, et juge inquiétante cette intrusion, cette atteinte très grave à l’indépendance de l’autorité judiciaire.
A la question de savoir comment ils peuvent porter cette affirmation, sur quelles bases, les proches de Nicolas Sarkozy, évoquent des informations parues dans la presse. Information introuvables.

Ce qui traduit une certaine nervosité, apparemment, du coté de Nicolas Sarkozy.

Les proches du chef de l'Etat dénoncent un « comportement inadmissible de la gauche ».
François Fillon pointe des attaques insidieuses et calomnieuses.
Claude Guéant en appelle à l’arrêt de ce jeu des boules puantes.
Et d’autres évoquent (auprès d’un confrère du Monde) l’affaire du sang contaminé, ou l’affaire DSK, pour considérer que les socialistes n’ont pas à faire la leçon.
Mais alors qu’hier, ils dénonçaient une affaire politico financière grave, de façon assez générale, aujourd'hui les socialistes se font plus précis.
Les députés PS, réclament la levée totale du secret défense sur les ventes d’armes au Pakistan et à l’Arabie Saoudite.
Marine Le Pen elle, demande les explications de Nicolas Sarkozy devant la justice.

Autant dire que ‘l’affaire ne va pas en rester là.

Sur le plan politique en tout cas, c’est évident.
Le communiqué de l’Elysée a ouvert deux fronts. La levée du secret défense, comme preuve que le pouvoir est prêt à tout dire sur ces ventes d’armes.
La question de l’indépendance de la justice, de la séparation des pouvoirs.
Un thème déjà cher à l’opposition, prompte à dénoncer l’immixtion de Nicolas Sarkozy dans les affaires judiciaires.
Si Nicolas Sarkozy lui fournit des munitions, elle n’a aucune raison d’abandonner cet angle d’attaque, au contraire.

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