Alstom : quand le pouvoir politique cherche le respect du pouvoir économique

Le dossier Alstom "n'est pas plié". Tel est le commentaire du ministre de l'Economie Arnaud Montebourg, maintenant qu'Alstom a indiqué sa préférence pour Général Electric mais se donne un mois pour trancher. Le gouvernement veut s'impliquer dans ce processus, mais sans prétendre se substituer au groupe industriel.

Le délai d'un mois que se donne Alstom est très important pour le gouvernement. C'est ce qui ressort de l'interview accordée à France Info, Le Monde , l'AFP et la Chaîne parlementaire par le ministre de l'Economie Michel Sapin ce mercredi.

"L'entreprise a montré une préférence, elle
en a parfaitement le droit. Elle n'a pas aujourd'hui affiché une décision, il y
a du temps, et c'est ce temps-là qui était nécessaire pour qu'éventuellement
d'autres propositions soient formulées, et que des choix soient faits.

Un mois pour trouver d'autres
propositions

L'Etat peut-il pour autant opposer son veto à un projet qui ne
lui conviendrait pas ? Réponse de Michel Sapin : "Nous n'avons pas juridiquement de veto à
mettre, cette entreprise est une entreprise qui est à 100 % privée, je
parle d'Alstom, comme on peut parler de la General Electrics, mais nous sommes
sur des intérêts fondamentaux. nous parlons avec des entreprises qui par
ailleurs dépendent considérablement de la commande publique
 ". Comprenez l'entreprise est privée,
certes, mais dépendante de l'Etat.

"Quand se construisent des réacteurs par
EDF, c'est des réacteurs d'EDF, EDF entreprise publique. Lorsque telle ou telle
grande agglomération ou bien la SNCF commandent un tramway ou commandent un
TGV, c'est de la commande publique. Et donc par ce biais-là, vous pouvez
comprendre qu'il y a quelques capacités d'influence. Parce que quand une
entreprise vit principalement de la commande publique, de la commande publique
française, elle a naturellement envie d'être en bons termes avec ceux qui sont
à l'origine de cette commande. C'est normal.
"

Une troisième voix

Et être en bons termes, ce n'est pas
tenter de prendre l'Etat de court, c'est cela qui n'a pas plus au gouvernement et
au ministre de l'économie, Arnaud Montebourg, avec lequel s'accorde Michel Sapin : "Ce qui a pu choquer les
uns et les autres, moi aussi, c'est que s'agissant de l'entreprise que je viens
de décrire, ayant des intérêts aussi fondamentaux pour la France, représentant
autant de potentiel économique, d'emplois, de recherche que ce qu'elle
représente sur le territoire français, ce qui m'a étonné, c'est qu'on ait voulu
prendre les uns et les autres, y compris le gouvernement français, de vitesse. ce
que ni Montebourg, ni aucun membre du gouvernement n'a apprécié, c'est qu'on
ait voulu nous prendre de court...
"

L'alternative n'est pas entre la vente à
Siemens ou Général Electrics. Michel Sapin évoque une troisième voix : "Il faut être puissant sur le marché
mondial. Il faut donc des alliances, et qu'il y ait des alliances entre grandes
entreprises de nationalités différentes ou d'origines différentes, ça ne me
gêne pas, c'est la condition même pour pouvoir tenir le coup et y compris développer
de l'emploi en France."

Est-ce que General Electrics pourrait s'allier avec
Alstom et avec Siemens ?

"Je ne vais pas rentrer plus loin dans le
détail, je ne suis pas un homme du mécano, je n'ai pas à l'être, nous ne sommes
pas là pour dicter des conduites précises aux uns et aux autres, ça fait partie
aussi de la liberté de réflexion et de décision des entreprises elles-mêmes. Ce
qui compte, c'est que là aussi les choses soient claire.
" dit Michel Sapin.

L'entreprise décide, le pouvoir économique
reste libre. Mais le pouvoir politique est libre lui aussi d'user de son
influence. Chacun doit respecter et considérer l'autre, c'est la volonté
affichée par le gouvernement, quand le pouvoir économique tend de plus en plus
à s'affranchir du pouvoir politique, qui à ses yeux, n'en n'est plus vraiment un. 

Vous êtes à nouveau en ligne