Connaissez-vous l'économie "présentielle" ?

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Ce week-end correspond aux premiers grands départs en vacances. Des migrations qui font varier considérablement le nombre de personnes présentes dans un département à un moment donné. Avec des conséquences très importantes sur l'économie française.

 Imaginez que vous soyez fonctionnaire au ministère de la santé. Et imaginez que l’on vous pose la question suivante : comment faut-il répartir les vaccins entre les départements français ? La réponse vous paraît facile : il suffit de le faire proportionnellement à la population de chaque département. D’en prévoir par exemple 2 fois plus pour le Var, qui compte un million d’habitants, que pour la Manche, qui n’en a que 500 000.

Et bien, vous avez tout faux. Car en raisonnant ainsi, vous négligez un détail qui n’en est pas un : les Français bougent. Ils bougent beaucoup et souvent. Pendant les vacances, on le voit en ce moment, mais aussi tout le reste de l’année. Et il n’y a pas que les Français, puisque notre pays accueille la bagatelle de 83 millions de touristes étrangers chaque année. Si bien qu’il existe des écarts entre la population qui réside toute l’année dans un département donné et celle qui y est présente un jour donné. Des écarts qui peuvent être considérables.

Un homme, Christophe Terrier, les a calculés en 2005 pour le ministère du tourisme en réalisant pendant une année complète des sondages quotidiens. Les chiffres n’ont pas été réactualisés depuis, mais le constat reste valable et il est ahurissant. On compte ainsi un million de personnes en plus à Paris le 22 décembre que le 14 août !

Vous allez me dire que Paris est un cas particulier. Et bien Prenez les Hautes-Alpes. L’Insee y dénombrait cette année-là 128 000 habitants (139 000 auj), c’est-à-dire 128 000 personnes déclarant y résider toute l’année. Mais le 23 juillet, 350 000 personnes étaient présentes dans ce département très touristique. Vous comprenez maintenant votre bévue : vous n’avez prévu des vaccins que pour 128 000 habitants alors qu’il peut y en avoir jusqu’à 350 000. Alors, « combien de vaccins pour les Hautes-Alpes ? ». En fait, il n’y a pas de réponse unique à la question : cela dépend évidemment de la date.

Dans tous les départements français, la population présente diffère ainsi de la population officielle. Et la prise en compte de ce phénomène a un impact dans tous les domaines. La santé, on l’a vu, mais aussi la circulation, les ordures ménagères ou le commerce. C’est ce que les économistes appellent l’économie « présentielle ».

Dans certains départements, la population présente est en moyenne supérieure à la population officielle. C’est le cas des Hautes-Alpes, donc, mais surtout du Var, de la Savoie et de la Haute-Savoie. L’Ile de France, elle, connaît la situation inverse. Il « manque » entre guillemets près 94.000 personnes en moyenne dans l’Essonne, 100 000 dans le Val-de-Marne et carrément 136.000 dans les Hauts-de-Seine. Une partie des revenus des Franciliens sont donc dépensés ailleurs et ce serait là l’une des causes des difficultés du Grand Paris.

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