Zeina Abirached : "j'ai commencé à dessiner contre l'amnésie collective"

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Hind Meddeb retrace aujourd'hui l'itinéraire de la dessinatrice libanaise Zeina Abirached dont les planches sont actuellement présentées au musée de l'histoire de l'immigration à Paris, dans le cadre de la grande exposition "BD et immigration".

Zeina Abirached est née en pleine
guerre civile au Liban, et elle a grandi sur la ligne de démarcation qui coupait
Beyrouth en deux camps ennemis.

Dix ans après la fin de
la guerre civile, Zeina Abirached commence à dessiner. Au fil des ans,
elle invente un style unique, une bande dessinée en noir et blanc pleine
d'humour et de tendresse pour ses personnages. Beyrouth catharsis , Je me
souviens
, Le jeu des hirondelles, 38 rue Youssef Semani , de livre en livre,
Zeina fait le lien entre sa mémoire intime et l'histoire avec un grand H dans
un pays où l'on préfère oublier les années de guerre.

 "J'ai
commencé à dessiner contre l'amnésie collective dans un pays où on était
en train d'effacer toutes les traces de la guerre,
raconte la dessinatrice, jusque dans les livres
scolaires où l'histoire s'arrêtait dans les années 60, juste avant le
déclenchement de la guerre civile en 1975
." Cette mémoire de la
guerre civile qui va être à l'origine de toute son œuvre, Zeina
Abirached la redécouvre grâce à une image d'archive qu'elle visionne sur
le net.

"Je regardais un
reportage sur le site de l'INA qui datait de 1984. A un moment, la caméra
rentre dans un appartement. Et une vieille femme qui porte un pull en mohair
rouge qui gratte s'adresse au journaliste : "Ici nous sommes plus ou
moins en sécurité." Et cette femme, c'était ma grand-mère
maternelle."

Enfant, l'univers de
Zeina s'arrête à la rue où elle a grandi.

"J'habitais sur la
ligne de démarcation. J'ai toujours cru que ma rue était une impasse. Que
Beyrouth s'arrêtait là
."

Enfant, Zeina traverse
des situations extrêmes sans jamais vraiment se rendre compte du danger. "A un moment, le
bus scolaire ne passait plus par notre quartier, car c'était trop dangereux.Tous les jours, ma mère nous emmenait en voiture au lycée. Nous traversions des
barrages. C'était l'époque de la guerre inter-chrétienne entre phalanges
chrétiennes et l'Armée libanaise. C'était un alibi pour ne pas mettre l'uniforme
de l'école qui aurait permis aux miliciens de reconnaître à quelle communauté
nous appartenions
"

Zeina se souvient
d'avoir grandi avec un sentiment d'insécurité permanente. "Comme on habitait
sur la ligne de démarcation, on était souvent obligés de déménager. J'avais
toujours sur moi un petit sac à dos avec les affaires auxquelles je tenais le
plus.
"

A la fin de ses études,
Zeina décide de tenter sa chance à Paris pour trouver un éditeur. Dans sa
dernière œuvre, Paris n'est pas une île déserte , exposée au Musée
de l'histoire de l'immigration à Paris, elle raconte avec beaucoup d'humour
 "l'immigration d'une libanaise à Paris. " "J'avais droit à
une valise de 23 kg et j'avais 23 ans. C'est comme si, il fallait que je prenne
un kilo par année. C'est comme si je devais choisir ce que j'emporterais sur une
île déserte. Sans jamais me dire que Paris n'est pas une île déserte.
"

Retrouvez  la
dernière œuvre de Zeina Abirached
au Musée de l'histoire de l'immigration à
Paris exposée jusqu'au 27 avril prochain.

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