DSK, Karachi : va-t-on vers une justice médiatique ?

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !

La justice française est-elle en train de "s'américaniser" ? Les plateaux de télévision sont-ils devenus les nouveaux tribunaux ? La question se pose alors que l'affaire Karachi et l'affaire Tristane Banon se jouent en ce moment dans les JT. L'analyse de Me Basile Ader, avocat au barreau de Paris, directeur de la rédaction de la revue Légipresse.

  • la phrase de la semaine

    C'est celle prononcée par Etienne Mougeotte, directeur des rédactions du Figaro. Il était interrogé par le syndicat des journalistes de son quotidien sur le traitement de l'affaire Karachi. On en avait parlé ensemble samedi dernier : le Figaro avait fait partie des très rares journaux à ne pas avoir mis en Une la mise en cause de deux proches du chef de l'Etat dans cette affaire. C'était traité brièvement page 10. Alors, Etienne Mougeotte s'est expliqué dans une petite phrase révélée par Libération : "on est pas là pour emmerder la droite, c'est comme ça. Si ce que vous voulez, c'est qu'on aille gratter sur ces affaires, c'est non."

    • l'audience de la semaine

    C'est celle réalisée mercredi soir par les candidats à la primaire socialiste, pour leur second débat. En cumulant l'audience sur LCP et sur i-télé, on atteint plus de 3 millions de téléspectateurs. Le débat permet même à i-télé de battre son record historique d'audience. Et de manière générale, les candidats socialistes sont très regardés en ce moment : Martine Aubry à Dimanche + et Ségolène Royal sur le plateau de Laurent Ruquier ont toutes deux permis aux émissions de Canal+ et de France2 de réaliser leur meilleure audience de l'année. On verra si ça profite aussi à Marc-Olivier Fogiel : le journaliste a invité François Hollande pour le premier numéro de sa nouvelle émission "Face à l'actu". Ce sera demain midi et désormais tous les dimanches sur M6.

    • le dossier de la semaine

    La justice française est-elle en train de devenir une justice médiatique ? Cette semaine, les dossiers judiciaires se sont étalés dans les journaux télévisés. On a l'impression qu'on suit les affaires judiciaires comme on suivrait un feuilleton télé : à la moindre avancée de la procédure, la moindre confrontation, la moindre audition, les acteurs viennent expliquer, commenter, justifier quelques heures plus tard sur les plateaux télé.

    On l'a vu très clairement dans l'affaire qui oppose Dominique Strauss-Kahn à Tristane Banon. Tous deux se sont vus dans le bureau des policiers jeudi matin, et jeudi soir, la jeune femme était sur TF1 face à Laurence Ferrari, comme d'ailleurs DSK quelques jours plus tôt était face à Claire Chazal. Hier soir, c'était au tour de Brice Hortefeux d'être sur le plateau de France 2, quelques heures seulement après avoir été entendu comme témoin dans l'affaire Karachi.

    Et pourtant, dans les deux cas, la procédure est en cours, elle n'est pas censée être commentée. "Ce qui m'interpelle, c'est qu'il y a beaucoup de ces procédures qui n'iront pas au bout" note Me Basile Ader, avocat au barreau de Paris et directeur de la rédaction de la revue Légipresse. "Le seul procès qu'on aura eu, c'est dans les médias. C'est peut-être d'ailleurs ce que souhaitent ceux qui s'en plaignent. Il faudrait que les médias veillent à ne pas être instrumentalisés".

    Alors évidemment, ce n'est pas nouveau : les médias et la justice ont toujours entretenu des relations très étroites, il y a beaucoup d'interférence entre les deux institutions. Les procès notamment sont très médiatisés, mais il s'agit là de ce qui se passe avant le procès. Et on peut noter une évolution : les exigences médiatiques, c'est à dire l'immédiateté, la transparence, semblent d'une certaine manière prendre le pas sur les exigences de la justice qui elle est synonyme de lenteur et de secret. Lenteur et secret qui disparaissent totalement dans cette justice médiatique, où le journaliste fait office de juge et les téléspectateurs de jurés. "Il ne faudrait pas qu'un procureur soit influencé par ce qui se passe dans les médias" affirme Me Ader. "On dit 'ne faites pas entrer l'opinion publique dans le prétoire, parce que la justice disparaît aussitôt'. Le risque, c'est de perdre la sérénité de la justice".

Vous êtes à nouveau en ligne