Ruth Zylberman, auteure du documentaire "Les Enfants du 209 rue Saint-Maur" : "Je recherche toujours d’anciens habitants de cet immeuble"

Diffusé le mardi 5 mai sur Arte, le documentaire "Les Enfants du 209 rue Saint-Maur"  reconstitue l'histoire de cet immeuble du nord-est parisien, une adresse où des enfants de la communauté juive, qui témoignent aujourd'hui, ont dû faire face à l'occupation allemande.

C'est aux méthodes de l'enquête que Ruth Zylberman a eu recours pour faire parler cet immeuble du 10e arrondissement parisien chargé d'histoire. La réalisatrice du documentaire Les Enfants du 209 rue Saint-Maur, diffusé mardi 5 mai sur Arte, dépeint la vie de cet immeuble durant l'occupation allemande. 

L'histoire d'un immeuble, par le biais de l'intime

Initialement, Ruth Zylberman entendait relater l’histoire d’un immeuble tout en évoquant l’occupation allemande "par le biais de quelque chose d’intime, à quoi les gens puissent s’identifier". C’est donc tout naturellement qu’elle s’est dirigée vers le nord-est de Paris, un quartier de la capitale où des juifs d’Europe centrale ont immigré dans l’entre-deux-guerres.

Si elle a choisi cette adresse, sa grande cour et ses quatre bâtiments habités par 300 résidents, Ruth Zylberman assure qu’elle aurait pu en filmer un autre :"Je n'ai aucun lien particulier avec cet immeuble, cela a été la contrainte du film. J’aurais pu choisir l’immeuble d’à côté ou de n’importe quelle rue et d’autres histoires auraient émergé", explique-t-elle. "Chaque histoire est singulière, poursuit la documentariste, et ce sont ces singularités-là que je voulais évoquer. Des gens ont vécu là où vous vivez actuellement."

Une enquête à grande échelle

Pour retrouver ces anciens habitants de confession juive et leurs descendants, la réalisatrice a eu recours à un long travail de recensement afin de dresser le profil socio-démographique de cet immeuble et d’obtenir des noms : "L’enquête de détective a véritablement commencé à partir du moment où j’ai eu des noms." "Certains ont été faciles à trouver. Pour d’autres, l’enquête a été bien plus compliquée. C’est pour cela que je parle d’enquête de détective. J’en ai retrouvé à Paris, en province, et même dans des pays étrangers."

Diverses nationalités se côtoyaient dans cet immeuble cosmopolite composé notamment de juifs, de communistes et de pétainistes. "L’objectif, indique Ruth Zylberman, était d’appréhender les liens qui existaient entre voisins, des liens d’une petite collectivité humaine qui était de cet immeuble et d’essayer de voir comment ces liens se sont matérialisés, ont résisté durant la période de l’occupation."

"Une prise de parole douloureuse"

Sur la centaine d’habitants de confession juive de l’immeuble, seuls deux des cinquante-deux déportés sont revenus au 209 de la rue Saint-Maur. "Une personne a refusé d’apparaître dans le film, rapporte Ruth Zylberman. Mais beaucoup ont accepté de témoigner, avec plus ou moins d’ambivalence, car il s'agissait d'une prise de parole extrêmement douloureuse. Mais, progressivement, la plupart des gens ont accepté de se confier car ils ont eu le sentiment de faire un leg, de faire quelque chose d’extrêmement important."  La réalisatrice est même parvenue à faire se renouer le contact entre des enfants et leurs parents, au sein de cette cour d’immeuble : certains ne s'étaient pas vus depuis plus de 70 ans.

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