Les résultats du scrutin seront-ils connus avant 20h ?

La question agite les médias et les réseaux sociaux depuis quelques jours : les résultats du scrutin de dimanche seront-ils connus avant 20h ? Aujourd'hui, le journal Libération annonce qu'il pourrait prendre la décision de publier les estimations de résultats dès 18h30.

C'est avec une petite phrase publiée dans l'éditorial du jour que Libé a lancé un pavé dans la mare : "rendez-vous dimanche à 18h30 sur libération.fr" .18h30, c'est l'heure où les premières estimations de résultats commencent à arriver dans les rédactions, mais les médias ont l'interdiction de les diffuser. Il faut attendre 20h, heure de fermeture de tous les bureaux de vote, pour ne pas risquer d'influencer le choix des derniers votants. Reste que cette interdiction ne concerne pas les médias étrangers, belges et suisses notamment, qui ont prévu eux de publier les estimations dès la fin de l'après-midi. Une situation que Libération juge "ridicule" .

"Nous n'avons pas encore décidé de ce que nous allons faire" précise Sylvain Bourmeau, directeur adjoint de la rédaction et auteur de l'éditorial. "Mais nous voulions lancer le débat, dénoncer cette situation hypocrite : c'est très facile via Internet de se procurer les chiffres sur les médias étrangers".

Des internautes eux sont déjà décidé : deux blogeurs anonymes promettent de donner tous les chiffres sur un site créé pour l'occasion, un
prévoit lui de transmettre les estimations à une liste d'internautes sur Twitter. En 2007, des intiatives de ce type avaient été déjà prise, mais les réseaux sociaux sont aujourd'hui beaucoup plus puissants et la nouvelle pourrait se répandre comme une traînée de poudre. 

"Et si je poste un message sybillin, que seuls mes amis peuvent comprendre ?"

Et pourtant, en faisant cela, médias et internautes s'exposent à une forte amende. La loi punit de 75.000 euros d'amende tout citoyen qui divulgue des estimations de résultats avant 20h. La commission des sondages est chargée d'y veiller, va annoncer après-demain un nouveau "dispositif" pour faire respecter l'interdiction. "Comment analyser les messages qui seront postés sur les 28 millions
de comptes Facebook et 5 millions de comptes Twitter ?" s'interroge Erwann Gaucher, journaliste et consultant spécialisé dans les réseaux sociaux. "Et puis, comment analyser un message sybillin que je pourrais laisser sur Facebook, et que seuls comprendront les gens qui connaissent mes opinions politiques ?"

Ce sera donc sans doute difficile de maintenir le suspense entier jusqu'à la fermeture de tous les bureaux. Et c'est un sacro-saint moment de la vie politique et médiatique française qui pourrait perdre de sa saveur : le moment où, à 20h pile, toutes les chaînes et les radios de France dévoilent en même temps le nom ou le visage du gagnant de l'élection présidentielle. En 2007, pas moins de 12 millions de Français avaient découvert le visage de Nicolas Sarkozy à 20h sur TF1.

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