L'usage de la caméra cachée dans les reportages (re)fait débat

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Cacher son statut de reporter pour obtenir des informations, filmer des gens en caméra cachée... Travailler "sous couverture" est-il une méthode acceptable ? Cette semaine, deux cas relancent un débat vieux comme le journalisme.

Le premier cas est celui de D8, qui vient de se faire taper sur les doigts par le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel. La chaîne diffusait au printemps un reportage qui proposait une "plongée" dans le Front National, avec un journaliste qui a infiltré le parti avec une fausse identité et une caméra cachée. Le CSA s'est fendu d'une mise en garde et le FN a lui porté plainte pour escroquerie et violation de la vie privée.

Jeudi dernier, le tribunal correctionnel de Paris jugeait une autre affaire : des catholiques traditionnalistes ont porté plainte contre France 2 et l'agence Capa pour un reportage intitulé "A l'extrême droite du père". Le reportage diffusé dans l'émission "les Infiltrés" qui, comme son nom l'indique, utilise massivement la caméra cachée. Le jugement a été mis en délibéré au 16 octobre prochain.

Le premier reportage sous couverture en 1887

Ces deux cas relancent le débat. Pourtant, mentir sur son identité, cacher son statut de reporter pour obtenir des informations n'a rien de nouveau. L'une des pionnières du reportage sous couverture s'appelle Nelly Bly. Cette Américaine s'était inventée des problèmes psychiatriques pour être internée dans un asile et pouvoir témoigner sur le quotidien sordide des malades. Son reportage, "Ten Days in a Mad House" est paru dans le New York World... en 1887.

Il y a eu d'autres exemples très célèbres, notamment celui d'Albert Londres. Mais le débat est plus vif aujourd'hui à cause de l'évolution des techniques : les caméras cachées maintenant sont partout, des reportages entiers reposent sur ces images volées, c'est presque devenu une méthode d'investigation comme une autre.

Au cas par cas

Or, ce n'est totalement pas interdit mais ce n'est pas vraiment autorisé non plus. Le CSA nous dit que "l'utilisation de caméras cachées n’est pas condamnable en soi" mais qu'elle doit être "réservée aux situations dans lesquelles l’information n’aurait pas pu être obtenue" autrement. Certains cas sont des évidences : quand France 2 diffuse, comme hier, un reportage clandestin à Raqqa, en Syrie, personne ne s'offusque. Oui à la caméra cachée dans une zone de guerre, un pays totalitaire, où la presse n'est pas libre. Oui également à la caméra cachée pour filmer une mafia, dénoncer un trafic.

Faut-il en revanche infiltrer le Front National, Pôle Emploi ou encore les entrepôts d'Amazon, comme on a pu le voir ces derniers mois ? Certes, il y a des partis, des institutions, des entreprises qui ouvrent difficilement leurs portes. Certes, cela donne souvent des témoignages chocs. Mais fait-on encore notre travail loyalement ? La fin justifie-t-elle les moyens ? La question est loin d'être tranchée.

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