"Tatoueurs tatoués", une exposition qui marque

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L'exposition "Tatoueurs tatoués" a débuté cette semaine au musée du quai Branly à Paris. Elle retrace l'histoire de cet art aux multiples courants. 

L'exposition "Tatoueurs, tatoués" du musée du quai Branly est conçue comme un voyage dans le temps. Le mot "tatouage" naît à la fin du XVIIIe siècle. Il vient d'un terme polynésien qui signifie "marquer" ou "inciser" et qui est découvert par le capitaine britannique James Cook lors d'une expédition.

10% des Français tatoués

Aujourd'hui, un Français sur dix est tatoué selon une étude récente. L'exposition "Tatoueur tatoués" replace dans un contexte historique, géographique et religieux la pratique du tatouage.

Il s'agit d'une histoire à rebondissements, comme l'explique la performeuse et journaliste Anne, du duo Anne et Julien et commissaire de l'exposition : "En Chine par exemple, le tatouage a été punitif et stigmatisant. Il a été pratiqué par les lettrés, puis méprisé par eux. Le tatouage a ça de fascinant, il ne se fixe jamais à partir du moment où on parle de civilisation ancrée, régie par des textes de lois. A partir du moment où il est ethnique, il devient quotidien, bénéfique, geste à réflexion, geste à guérison, geste à connexion avec le divin."

De la prostituée au militaire

L'idée est aussi de rappeler que le tatouage s'est développé à la marge. "La rue, l'armée, la prison" résume un des passages les plus intéressants de l'exposition.

Jusqu'au XIXe siècle en Europe, surtout à cause du christianisme, le tatoué c'est le criminel, l'exclu, la prostituée, l'individu considéré comme dangereux, photographié sous toutes les coutures.

Le tatouage devient ensuite une revendication pour les marins et les militaires. Au début du XXe siècle, le tatoué devient cette fois un objet de fascination, phénomène de foire, l'âge d'or des cracheurs de feu et avaleurs de sabres, objet de toutes les curiosités.

L'exposition montre le basculement du marginal au global. Le tatouage est le patrimoine commun d'une majeure partie du monde.

En Nouvelle-Zélande, ce sont les détails du moko, un tatouage facial fait de lignes et de spirales qui attirent le regard. Autrefois, l'ornement des chefs et des guerriers élevé aujourd'hui au rang de trésor national. Le tatouage thaïlandais est aussi fascinant : mélange de formules sacrées, de dessins de divinités ou d'animaux censés vous protéger du malheur tel un talisman, il a été remis au goût du jour par une certaine Angelina Jolie.

La mode du tatouage japonais

Les ornements du tatouage à la japonaise fait fureur dans les salons de tatoueur comme l'explique le spécialiste Pascal Bagot : "L'une des caractéristiques du tatouage japonais, qui lui donne cette lettre de noblesse dans la communauté du tatouage, c'est la réalisation du dégradé. Même sur les estompes, il y a des zones où on a un dégradé des noirs, qui est doux et qui donne un caractère très élégant au tatouage."

L'idée de l'exposition est d'affirmer haut et fort que le tatouage est un art à part entière. Un art avec ses courants, ses écoles, ses techniques, ses œuvres. Quelques 300 pièces anciennes et contemporaines sont exposées. Des photos, des affiches d'époque, des vidéos et même des fragments de peaux tatouées. Un foisonnement de couleurs, de styles, de motifs et de formes.

Une exposition en forme de reconnaissance

Pour Julien, l'autre commissaire de l'exposition, il s'agit du début d'une reconnaissance que le tatouage entre au musée : "On est en mission.  On est en train de vous dire "Attention, cette culture est énorme, elle est sérieuse, elle a une histoire, elle est en mouvement, il se passe tous les jours quelque chose. Venez voir ce qu'il se passe"."

"Tatoueurs tatoués" : l'exposition sur l'histoire du tatouage à découvrir au musée du quai Branly à Paris jusqu'en octobre 2015.