Richard Flanagan tord la ligne du temps

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En 2014 le Man Booker Prize, le plus prestigieux prix littéraire de langue anglaise allait à Richard Flanagan pour "La route étroite vers le nord lointain" qui sort en France chez Actes Sud.

L'écrivain australien avait en lui le récit de son père, ancien soldat prisonnier des japonais pendant la Deuxième Guerre mondiale, quand pour la gloire de l'empereur nippon, près de 200.000 jeunes soldats sont morts sur le chantier absurde d'une ligne de chemin de fer entre la Thaïlande et la Birmanie. Le personnage de Richard Flanagan est un médecin militaire, au soir de sa vie il se souvient, de la cruauté des officiers japonais, de la faim, de l'odeur de la mort, de cette amputation d'un blessé qui finit en boucherie, scène terrible et parfaitement écrite. Mais dit comme ça, ce serait le pont de la rivière Kwaï.

La comparaison irrite à juste titre Richard Flanagan, qui regarde plutôt vers André Malraux.

Son sujet, c'est la condition humaine, son personnage Dorrigo Evans a l'étoffe d'un héros, mais lui sait, qu'avoir survécu à cet enfer est injuste, qu'il n'a pas été parfait et comme sa vie sentimentale est aussi un champ de bataille, il est à nu et là Flanagan passe un cran au-dessus. Ce qui est envoutant dans ce roman se résume dans les symboles: cette ligne de chemin de fer, c'est une ligne droite, celle des certitudes, de la vanité des hommes, alors que l'auteur, qui vient de Tasmanie, île sauvage et pauvre au large de l'Australie, lui se sent proche des poètes japonais, de la sagesse de leurs haïkus, vous savez ces petits textes qui disent l'impermanence des choses.

"La route étroite vers le nord lointain" de Richard Flanagan chez Actes Sud.

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