"Night Moves" : un thriller qui interpelle notre morale

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Sorti en salles mercredi, "Night Moves" est un thriller "écolo-politico-psychologique" de l'américaine Kelly Reichardt, récompensé par le Grand Prix au dernier Festival de Deauville.  

Night Moves aurait pu être grandiloquent, donneur de leçons,
utopiste. Il n'est rien de tout cela. Il tente de poser les bonnes questions
sur l'écologie et l'activisme écologique, sur les notions de groupe et
d'individu, sur nos actes et leurs conséquences, tout en traduisant ce
sentiment de résignation face à la destruction de notre environnement.

L'histoire se déroule dans les forêts de l'Oregon, au
nord-ouest des Etats-Unis, au sein d'une communauté déjà fortement imprégnée
d'idéaux écologiques. Il y a les fermiers bio, qui réduisent au maximum leur
empreinte écologique ; et puis il y a les activistes, les simples
protestataires d'un côté, et de l'autre ceux qui sont prêts à se radicaliser pour
éveiller les consciences.

"Pourquoi nous ne sommes pas tous là dehors à faire
tout exploser ?" (Kelly Reichardt)

Josh, le personnage principal interprété par Jesse Eisenberg,
appartient à cette catégorie. Produire des légumes bio, c'est bien, mais ce
n'est plus suffisant pour lui. Alors, avec Dena, une jeune étudiante campée par
Dakota Fanning, et un ancien militaire, Hamon alias Peter Sarsgaard, ils optent
pour le coup d'éclat, et font carrément exploser un barrage hydro-électrique. Le
bilan est bien plus lourd que prévu : le barrage a cédé, certes, mais les trois
complices ont désormais un mort sur la conscience.

"On a abordé ce film comme une sorte d'expérience
morale et on s'est interrogé : pourquoi nous ne sommes pas tous là dehors
à faire tout exploser ? On s'est dit, si les industriels continuent
vraiment à pousser l'humanité vers le précipice, vers la ruine de notre
planète, quelle importance peut bien avoir la vie de quelques uns dans un
combat destiné à empêcher cette tragédie ?
", indique Kelly Reichardt,
qui réalise son cinquième film, mais son premier thriller, très personnel.

"On voulait vraiment suivre, instant après instant,
cette mécanique psychologique." (Kelly Reichardt)

La réalisatrice américaine est une adepte des plans longs,
silencieux, assez contemplatifs. Elle aime filmer, à son rythme, la nature et
ses acteurs aussi. Jesse Eisenberg en particulier, l'acteur révélé par un rôle
très bavard dans The social network de David Fincher, incarne, cette fois tout
en retenue, ce jeune homme froid et déterminé peu à peu gagné par un sentiment
de paranoïa.

C'est d'ailleurs là que Kelly Reichardt veut nous emmener,
d'abord dans les certitudes collectives de ses personnages avant leur
opération, et puis chacun dans ses propres doutes : "On voulait
vraiment suivre, instant après instant, cette mécanique psychologique. Je crois
que l'essentiel survient dans ces petits instants. Dans un groupe, on se sent
forts, vous avez des gens autour de vous pour rassurer, pour vous dire que ce
que vous faites est bien
."

Il se dégage de ce film l'impression que tout est déjà foutu
pour nous et notre planète, mais au-delà de ça, Night Moves réussit son pari
d'interroger notre morale à travers ces trois personnages, mais aussi nos
idéaux sur ces questions écologiques.

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