Bowie aux mille visages

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !

David Bowie est à l'honneur avec l’exposition "David Bowie is…" qui ouvre ses portes au public aujourd'hui à la Philharmonie de Paris. A travers 300 objets et costumes, la scénographie évite l'hommage basique, pour se concentrer sur la clé de sa longue carrière : le pouvoir de l’image.

Avec ses 27 albums studios et ses nombreux personnages (Major Tom, le Thin White Duke, Ziggy Stardust…) qui marquent chaque période, retracer le parcours de Bowie pourrait alimenter le cours magistral d'une année scolaire entière en amphi. Bien loin de là, l'exposition parisienne, créée et déjà présentée il y a deux ans à Londres par le Victoria & Albert Museum, est un parcours fascinant, à travers le mécanisme créatif de celui qui fut -sans doute- le premier artiste pop aussi théâtral. "Il y a dans le parcours , explique Victoria Broackes, du Victoria & Albert Museum, ces croquis de décors scéniques, pour son tout premier groupe (Les Konrads) quand il était ado. Il pense à la scène, alors qu’il n’a même jamais donné de concert ! Bowie pense toujours à l’étape d’après, et il a toujours clairement voulu, dès son plus jeune âge, mélanger la musique et le théâtre."

(David Bowie, 1973 © Masayoshi Sukita)

David Bowie a participé, de loin, à cette célébration. Désormais retiré de la vie publique, il a néanmoins ouvert les portes de ses archives personnelles (75.000 pièces conservées dans un entrepôt géant de New York). Les deux commissaires de l'exposition, Victoria Broackes et Geoffrey Marsh ont dû y choisir avec parcimonie les 300 objets et costumes, mais aussi les mélanger à d'autres éléments extérieurs : photos, livres, événements divers qui ont été les déclencheurs de l’inspiration pour la star.

(Pochette de l’album Space Oddity (1969) © NC)

Bowie, pillard magnifique

On découvre ainsi comment la peinture graphique de Vasarely se fond ensuite dans une pochette d'album, ou comment, sorti des pages d'un magazine de mode, un mannequin androgyne, coupe en pétard aux cheveux rouge, a donné naissance à Ziggy Stardust, le double le plus flamboyant de la galerie imaginaire de Bowie.

(Christine Walton pour Vogue Paris, 1971 © Alex Chatelain)

"Il faut que ce soit tridimensionnel : écrire des chansons ne me suffit pas" (David Bowie)

Les citations à lire ou les bouts d'interviews à écouter dans cet exposition donnent quelques clés. Dans le bouillonnement créatif du Londres des années 60, le jeune David Jones (son vrai nom) est une éponge. Passé un temps par la publicité, puis ensuite par le théâtre et le mime (les cours de Lindsay Kemp), il perçoit très tôt la puissance de l'image et ira piocher dans des courants forts pour se construire: expressionnisme allemand, glamour du cinéma américain, théâtre japonais, écrivains de la beat génération comme William Burrough et sa fameuse technique du cut-up (écriture faite à partir d’assemblage de bouts de phrases).

‘’Soyez libre d'être différent, d’être qui vous voulez ’’, voilà le message Bowie, décodé à travers cette exposition, dont l'une des vidéos, un passage à l'émission Top of the pops en 1972 en est un bel exemple : habillé comme un cosmonaute décadent aux cheveux rouges, muni d'une étrange charge érotique, Bowie va, ce soir-là, faire basculer la vie d'une génération entière d'ado anglais qui s'ennuyaient à mourir dans une société bien conventionnelle…

David Bowie is… : exposition à la Philharmonie, jusqu’au 31 mai 2015

Vous êtes à nouveau en ligne