Que devient Nazia, ex-salariée chez Dia ?

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Nazia, mère de deux enfants, a connu la galère il y a un an. Salariée chez Dia, chaîne de magasins d'alimentation, elle n'a pas été payée pendant quatre mois. N'étant pas licenciée, elle ne pouvait être considérée comme chômeuse.

Septembre 2016. Cela fait bientôt quatre mois que les 47 employés des magasins de l'enseigne Dia n'ont plus de salaires. En fait, leurs ennuis commencent dès le mois de juillet, après la reprise des magasins Dia par un groupe polonais. La situation est ubuesque : non seulement les salariés ne sont plus rémunérés, mais ils ont aussi l'interdiction de chercher un emploi ou de s'inscrire au chômage. Pour Nazia, employée depuis 12 ans dans le même magasin place de Clichy à Paris, 45 ans, et ses deux enfants, la vie bascule : "On vit au jour le jour, avec les aides à gauche à droite, les amis, les prélévements refusés... Personnellement, ma carte bleue elle est bloquée... C'est un cauchemar, moi je ne dors pas la nuit."

Avec la liquidation, la fin du cauchemar

Le 13 octobre 2016 marque la fin du cauchemar pour Nazia et ses 46 collègues. Ce jour-là, le tribunal de commerce prononce la liquidation judiciaire des magasins Dia, ce qui permet aux ex-salariés de Dia de percevoir leurs arriérés de salaire. Pour Nazia, c'est la fin des démarches auprès des banques, des services sociaux, pour pouvoir nourrir sa famille. Depuis, la mère de deux enfants a retrouvé un emploi mais l'épreuve l'a durablement marquée : "On y pense tous les jours, je me demande comment je m'en suis sortie. C'est un miracle, parce qu'à un moment donné, on a perdu confiance, on a tout perdu. Ca reste à vie, ça. Il y a des collègues à moi qui se sont retrouvés à la rue. Personnellement, j'étais allée voir jusqu'au Secours catholique, pour les enfants, pour la nourriture, pour tout. Parce qu'à un moment donné, je n'avais plus rien." C'est surtout pour ses deux enfants que l'épreuve a été la plus compliquée : "Me lever le matin sans que mon fils ait à manger, ça, c'est très très dur. Je n'ai jamais vécu ça de ma vie entière, c'était limite limite, juste boire manger et c'est tout. Ce qu'on faisait avant, on sortait on trouvait le temps ne serait-ce que s'acheter une petite gâterie mais après, il n'y avait plus rien. Pendant 4 mois, j'ai dû dire à mes enfants 'excusez-moi mais je ne peux pas faire plus' ."

Abandonnés à leur sort

Nazia conserve quelques stigmates de ces quatre mois douloureux : "J'ai même des problèmes de santé. La nuit, on ne dormait pas vraiment. Je me demandais: "que va-t-il nous arriver demain ?,  qu'est-ce qu'on va devenir ?, qui va s'occuper de nous ?" C'était la question qui se répète tout le temps, c'était le cauchemar total", précise l'ex-employée de Dia qui a pu souffler après avoir été réembauchée par le groupe Carrefour. "Ils nous ont répartis un peu partout dans les magasins proches de là où on habite. Tous les mois j'ai un salaire pour pouvoir payer mes charges." Nazia conserve toujours un peu de ressentiment à l'égard de ceux qui ont abandonné les salariés à leur sort : "Ils nous ont fait plein de promesse. On a attendu quatre mois sans rien, à aucun moment, ils ne se sont mis à notre place. Eux, ils ont l'argent mais nous on était dans la galère. Je ne sais pas s'ils savent qui sont ces gens qui sont restés sans manger et sans boire. Nous étions des salariés livrés à nous-mêmes. Ils ne sont pas venus s'excuser." 

Retour à la vie normale

Depuis ces quatre mois délicats, Nazia a repris une vie normale, même si l'ex-salariée de Dia explique qu'elle reste en permanence, désormais, sur ses gardes : "Maintenant je comprends quand je vois des gens qui se retrouvent à la rue du jour au lendemain... Pendant ces quatre mois, j'ai eu la peur de ma vie parce que mon loyer n'était pas payé. J'ai cumulé 3 000 euros de loyer... pour m'en sortir, j'étais obligée d'aller à la mairie pour demander de l'aide. Pour moi, en fait, ce sont des choses que je n'ai jamais vécues dans ma vie, même quand j'étais jeune. Ces quatre mois, c'était comme une expérience qui m'a appris comment les gens arrivent à sombrer, à devenir clochards. Cela veut dire que ça peut arriver à tout le monde, il suffit de peu". Pendant longtemps, Nazia a rechigné à tendre la main et à oser demander de l'aide : "Je ne voulais rien montrer. C'était important pour moi parce que je n'ai jamais vécu ça, je n'ai jamais été dans cette situation, c'est toujours moi qui ai donné. Et là, aller demander à quelqu'un, pour moi c'était dur. Quand j'étais à la mairie, ils m'ont dit 'il n'y a pas de honte à demander de l'aide' cela m'a rassurée en quelque sorte."

 

 

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