Que devient Boris Gondouin, producteur de lait, après sa rencontre avec le pape ?

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !

27 janvier 2016. Pour Boris Gondouin, producteur de lait dans la Meuse, c'est le dernier recours, la dernière chance. Le président de l'APLI, l'association des producteurs de lait indépendants, a rendez-vous au Vatican.

Le pape François a accepté d'accorder une audience à Boris Gondouin et à  cent quarante de ses collègues européens, pour écouter les doléances des producteurs de lait.  "Pourquoi pas le pape ? On les a tous fait. En 2009, après la grève du lait, on est allés voir nos députés, le ministre, les politiques, pour les avertir du phénomène de dérégulation et leur dire qu’on allait à la catastrophe. La religion, si demain elle peut faire changer les choses, pourquoi pas ?"

Implication du pape

Sur les quatre premiers mois de l'année, la production laitière a augmenté de 5% dans l'Union européenne. Et la chute du prix du lait payé aux producteurs s'est poursuivie. Alors oui, la commission européenne a mis la main à la poche pour soutenir la filière agricole, en injectant 500 millions d'euros. Mais les difficultés demeurent. Sept mois après la rencontre avec le pape, le miracle ne s'est donc pas produit. Même si Boris Gondouin, le producteur de lait, a le sentiment que le pape partage les inquiétudes des éleveurs.  "On a bien vu -depuis qu’on est allés voir le pape François- qu’il a relaté régulièrement les remarques sur la crise laitière, sur la crise agricole dans toute l’Europe et dans le monde entier. A chaque déplacement, il en a parlé très souvent "  note Boris Gondouin avec satisfaction.  "Le pape prend très à cœur l’alimentation, l’agriculture et la santé" .

Blocage

Pour autant, depuis l’entrevue avec le pape François, la situation des producteurs de lait est loin de s’être améliorée.  "C’est la catastrophe, on a l’impression d’avoir des politiques qui sont sourds. Pas les politiques français parce que le ministre (de l’agriculture, ndlr) Stéphane Le Foll s’est bien réveillé. D’ailleurs, aujourd’hui, c’est l’un des seuls à faire le forcing dans tous les autres pays de l’Union européenne pour faire valoir la régulation de la production" .

Le président de l’APLI tacle au passage sévèrement la FNSEA, le syndicat majoritaire.  "C’est vraiment quelque chose de nauséabond, je n’ai pas peur de le dire. Ce sont eux qui nous ont entraînés vers un système de surproduction qui ne nourrit pas son homme. J’appelle les producteurs à se réveiller et à dire ‘merde’ à la FNSEA" .

Vertus pédagogiques

Le déplacement des producteurs de lait au Vatican n’aura pas été complètement vain. Boris Gondouin y a trouvé une vertu pédagogique. "Cette rencontre a fait beaucoup de bruit, parce que tout le monde se demandait pourquoi nous allions voir le pape. Beaucoup ne comprennent pas notre problème en France et en Europe d’ailleurs. Quand on leur explique que notre surproduction nous tue mais tue en même temps les producteurs de lait qui sont en voie de développement, tels que le Burkina Faso ou l’Inde, ils comprennent. Donc les rapports qu’on a avec le Pape ont un vrai sens"  insiste Boris Gondouin qui regrette le manque de mobilisation de certains producteurs français, "Il y a un ras-le-bol total parce que les gens n’y croient plus et se disent qu’aller manifester ou non, ça ne changera rien" .

Boris Gondouin et les producteurs européens devraient être reçus à nouveau en septembre par le pape. En attendant et à tour de rôle, ils continuent à approvisionner le Vatican en beurre, en lait et en fromage. Histoire de ne pas faire oublier au pape François que les perspectives de la filière sont bien sombres: d'ici 2020, 20.000 producteurs de lait pourraient disparaître en France.

►►► À lire aussi :  Des producteurs de lait au Vatican, un dernier espoir pour sortir de la crise

Vous êtes à nouveau en ligne