Charlie Hebdo attaqué ; le Portugal ou l'Euro de la faim

La revue de presse avec Jean-Christophe Martin... On l'a appris il y a à peine une heure, Charlie Hebdo a été victime cette nuit d'une attaque au cocktail Molotov...

MERCREDI 2 NOVEMBRE 2011

Ses locaux parisiens attaqués, et aussi son site internet piraté, tout à l'heure en essayant de se connecter, on tombait sur des menaces qui évoquait la malédiction de Dieu...

Ce matin, le numéro de Charlie Hebdo qui doit être mis en vente comme tous les mercredis présente une "Une" qui vise à faire sourire, ce qui est bien normal pour un hebdo satirique, mais cette "Une" peut aussi être interprétée comme une provocation : Charlie s'est rebaptisé "Charia Hebdo", on y voit une caricature de Mahomet, un "Mahomet" qui dit ces mots : "100 coups de fouet si vous n'êtes pas morts de rire"...

Et bien visiblement, ce Charia Hebdo et cette nouvelle affaire des caricatures de Mahomet n'ont pas fait rire tout le monde.

Voilà pour cette actualité de la nuit, mais à la une des quotidiens ce matin, la Grèce qui fait trembler l'Europe avec son projet de référendum, mais aussi la crise, et les Grecs ne sont pas les seuls à souffrir...

Un jour, les professeurs se sont rendu compte que dans leur école, les élèves avaient faim... Faim au point de s'évanouir pendant les cours... On n'est pas dans un pays frappé par la famine, mais dans un pays frappé par la crise et par l'austérité. Ca n'est pas, ou pas encore la Grèce, mais un pays tout proche, le Portugal... Reportage signé François Musseau dans Libération. A Cacem, une ville de 20 000 habitants, quand les enseignants ont compris que les élèves venaient en cours le ventre vide, ils ont décidé d'agir.

Et désormais, le lycée est aussi un centre d'aide sociale...

On y trouve des stocks de nourriture au bord de la date de péremption, donnée par un supermarché pour par des petits vendeurs. Chaque soir, après les cours, des parents d'élèves reçoivent des lots de vivres.

Un lycée qui ressemble aussi à un Resto du coeur, la cantine sert des repas souvent gratuits ou pour une somme symbolique. Une initiative anti-crise qui n'est pas isolée : des dizaines de collèges et de lycées suivent la même voie caritative dans tout le pays.

Libération y voit l'illustration très concrète de la pauvreté grandissante qui dévore le Portugal de l'intérieur, avec 2 millions de personnes sous le seuil de pauvreté, près d'un cinquième de la population, sur fond de mendicité omniprésente, de soupes populaires et de banques alimentaires débordées.

Voilà le visage du Portugal dans ce reportage de Libération après trois plans d'austérité successifs et après les mesures imposées par le FMI.

Voilà pour cet exemple portugais, et comment ne pas y voir une illustration de ce qui pourrait arriver à la Grèce, elle aussi confrontée à l'austérité, la Grèce qui fait trembler l'Europe avec son projet de référendum...

Et il va falloir réviser ses classiques et son alphabet grec : "Chaos", le mot s'étale en lettres grecques à la une de Libération, la Tribune a choisi un autre mot, toujours en lettres grecques, "Krach", autrement dit "la chute" en grec...

Deux autres mots grecs choisis par Jean-Claude Souléry pour un utile rappel dans la Dépêche du Midi : "Démos", le peuple, et "Kratos", le pouvoir, avec ce projet de référendum la démocratie, ce régime où les citoyens sont souverains, nous renvoie avec un malin plaisir à ses origines : la Grèce.

On ressort aussi les vieilles spécialités grecques : l'Epée de Damoclès à la "Une" de l'Est républicain, pour le Télégramme, la Grèce joue avec le feu, la Grèce qui en a une vieille habitude, puisque dans la mythologie grecque c'est Prométhée qui a volé le feu aux Dieux pour le donner aux hommes...

La Grèce, inépuisable source d'inspiration, avec ce dessin du Parisien et d'Aujourd'hui en France pour résumer l'état d'esprit général : Sarkozy et Merkel dépités devant un cheval de Troie, et qui n'arrivent pas à se rappeler qui a fait entrer "ça" dans l'Union européenne... Le Canard Enchaîné a trouvé un autre raccourci à la "Une" : il a entendu le choeur, c'est encore du grec, le choeur des 26 autres européens chanter ensemble : "On s'est fait Papandréouter !"...

Papandréou, dont personne ne semble comprendre dans le journaux quelle mouche a bien pu le piquer pour qu'il annonce ce référendum, c'est l'éditorial du Monde, manoeuvre politicienne pour la Charente libre ou coup de poker à haut risque pour le Parisien et pour le Figaro, le Premier ministre grec est-il totalement irresponsable se demande Paris Normandie...

Pour Michel Guilloux dans l'Humanité, c'est en tout cas un coup de tonnerre sur l'Olympe libéral, l'Olympe, on en revient aux Grecs antiques, sauf que pour Patrice Chabanet dans le Journal de la Haute-Marne, cette tragédie moderne version euro ne se joue pas dans l'intimité d'un théâtre, mais devant des centaines de millions d'Européens ébahis, et le moins qu'on puisse dire c'est que le metteur en scène, Georges Papandréou, a l'art du retournement des situations... Quant au "Deus ex machina", on ne sait toujours pas si la tradition sera respectée...

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9H17 : L’hyper revue de presse

Avec et

A la une : l'incendie sans doute criminel du siège de Charlie Hebdo la nuit dernière et la Grèce qui fait trembler l'Europe avec son projet de référendum sur le plan d'aide des autres Européens

Les invités de l'hyper revue de presse :

  • Charb, le rédacteur en chef de Charlie Hebdo.

  • Laurent Blanc, l'éditeur et rédacteur en chef du nouveau magazine masculin "hybride", "news et lifestyle", The Good Life.

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    10H12 : En direct avec le Figaro

    Avec Etienne Mougeotte, directeur des rédactions du Figaro, pour sa première réaction après l'attaque dont a été victime la rédaction de Charlie Hebdo, incendiée la nuit dernière après un jet de cocktail molotov. A la une de Charlie Hebdo qui paraît ce matin : une caricature de Mahomet et un Charlie rebaptisé "Charia Hebdo" pour saluer par l'ironie la victoire des islamistes d'Ennahda en Tunisie.

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