Toutankhamon, un pharaon diplomatique

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L’exposition Toutankhamon qui s'ouvre samedi est certainement la dernière à Paris mais ce n’est pas la première fois qu’on voit une telle exposition consacrée au pharaon dans la capitale. 

L’exposition Toutankhamon qui s'ouvre samedi 23 mars est certainement la dernière à Paris mais ce n’est pas la première fois qu’on voit une telle exposition consacrée au pharaon dans la capitaine. En 1967, la foule se presse déjà au Petit-Palais. L'exposition est véritablement extraordinaire, pharaonique dit-on déjà à l’époque. Elle est consacrée au jeune roi, mort à 18 ans en 1327 avant J.-C. et dont le trésor n’a été découvert presque intact qu’en 1922, par Howard Carter et Lord Carnarvon, une bougie à la main. 

A Paris, en 1967, tout le monde veut voir ce trésor et en particulier l’incroyable masque d’or, découvert en 1925, et qui, aujourd’hui ne sort plus d’Egypte. Inaugurée en février, l’exposition ne désemplit pas et atteint un seuil historique en juillet quand le millionnième spectateur achète son billet. L’exposition finira en septembre avec 1,2 millions de spectateurs, record historique pour une exposition en France. 

Un enjeu géopolitique majeur

L'exposition est hors norme par son affluence mais aussi par son enjeu géopolitique. Au-delà de Toutankhamon et du Petit-Palais, il s’agit aussi de l’Egypte et de la France, deux pays dont les relations sont très mauvaises. C'est même un euphémisme, depuis la crise de Suez à l’occasion de laquelle, en 1956, les Français et leurs alliés britannique et israélien ont attaqué l’Egypte de Nasser qui avait décidé de nationaliser le canal pour financer la construction du barrage d’Assouan.

Cette entreprise militaire, au passage un fiasco, et le soutien de Nasser au Front de libération national algérien (FLN) contre la France gèlent les relations entre les deux pays. Onze ans après la crise de Suez et cinq ans après l’indépendance de l’Algérie, le jour de l’inauguration, le ministre de la culture André Malraux insiste sur la dimension géopolitique de l’exposition. 

Il va de soi, Monsieur le vice Premier ministre, que la France remercie votre pays pour avoir envoyé tous ces objets. C'est une marque d'amitié

André Malraux, 16 février 1967

Cette thèse du rapprochement est confirmée en 1997 par Christiane Desroches-Nobecourt, ancienne responsable des antiquités égyptiennes du Louvre. C’est elle qui a rendu l’exposition de 1967 possible. "C'est peut-être pour montrer à la France que l'Egypte ne lui en voulait plus que les autorités ont consenti petit à petit à faire ce geste pour reprendre les relations amicales entre les deux pays."

Cette exposition est une étape majeure dans la normalisation des relations entre les deux pays, même si la promesse d’une rencontre Nasser / De Gaulle formulée au moment de l’exposition ne se réalisera pas. Reste que cette exposition marque un jalon important dans les débuts de la politique arabe de la France.

Sadate amplifie cette diplomatie pharaonesque

Le successeur de Nasser, Anouar al Sadate, prolongera cette diplomatie autour des expositions Toutankhamon. Il fera énormément tourner l’exposition et notamment aux Etats-Unis, signe d’une volonté très claire de rapprochement avec ce pays mais aussi de vendre l’Egypte aux potentiels touristes. Aux Etats-Unis, la folie Toutankhamon marche à fond. "Ils sont 1,25 millions à se rendre à l'exposition. Tous les tickets ont été vendus en trois jours", rapportent ainsi les médias américains, en avril 1978 à Los Angeles. 

Quand il déplace son exposition dans un pays qui se veut égalitaire, ce petit roi de 22 ans remue toujours les foules. En Californie, on appelle ça la "Tout-Mania", la manie de Toutankhamon. La "Tout-Mania" s’empare donc de la France samedi 23 mars avant de s’envoler dans plusieurs grandes villes du monde. Et hier comme aujourd’hui, c'est un moyen d’entretenir l’image de l’Egypte dans le monde. Ça s’appelle du soft power, ça pourrait s’appeler du Toutankhamon power.

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