"Nos ancêtres les Gaulois ? Nous en rigolions" (Aimé Césaire)

La sortie de Nicolas Sarkozy sur "nos ancêtres les Gaulois" et l'exigence d'une seule mémoire nous replongent brusquement dans l'enseignement de l'histoire d'il y a un siècle. 

Une classe d’une école primaire dans la France d’il y a 50 ans, mais cette scène pourrait très bien se situer à la fin du XIXème siècle. Un enfant lit sa leçon d'histoire :

 

"Nos ancêtres les Gaulois étaient grands, blonds et portaient des moustaches et ils tressaient leurs longs cheveux contrairement aux Romains qui portaient des toges et des tuniques." 

 

Le grand Aimé Césaire qui fut écolier à la Martinique dans les années 1920 s’en amuse ici, en 1994. 

 

"Quand vous lisez à 6 ans que vos ancêtres étaient des Gaulois, qu'ils étaient blonds aux yeux bleus...Et l'instituteur et nous mêmes nous rigolions. Nous étions avant tout des nègres et créolophones." 

 

Enseigner aux enfants de la Martinique que leurs ancêtres sont les gaulois a en effet de quoi faire sourire. Cela montre bien qu’il s’agit largement d’une construction idéologique et non pas historique.

Mais cela est aussi vrai pour les enfants de la métropole, et même si l’on fait abstraction des enfants issus de l’immigration. Parce que la Gaule est une invention romaine pour nommer un espace géographique en réalité composé de nombreux peuples, les Ligures, les Ibères, les Celtes surtout, tous dominés au VIème siècle après J.C. par les Francs conduits par Clovis. Mais même après, c’est le brassage et le métissage qui dessineront l’histoire de ce qui deviendra la France.

 "Nos ancêtres les Gaulois", une invention relativement récente

Au XIXème siècle, le siècle des nationalités, la France se donne un peuple primitif et antérieur au christianisme, les Gaulois et un premier héros, Vercingétorix inconnu jusqu’alors. L'école républicaine s'emparera de cette origine mythifiée ayant l'intérêt de forger une creuset identitaire unique.  Dire que "Nos ancêtres sont les Gaulois" est donc un non-sens historique, à moins de considérer qu’Astérix et Obélix est un livre d’histoire.

Reste l’idéologie et là je vous laisse avec une réflexion sous forme de question : "Devenir français, est-ce nier l’histoire de ses parents ?" 

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