Histoires d'info. Les déserts médicaux, une réalité française vieille de plusieurs décennies

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Lutter contre les déserts médicaux est l'un des objectifs du projet de loi "Ma santé 2022" présenté par Agnès Buzyn. "C’était mieux avant", a-t-on l’habitude d’entendre dans ce domaine. Si c’était mieux avant, c’était il y a très longtemps…

La question des déserts médicaux est vieille de plusieurs décennies. En avril 1968, il y a donc plus de 50 ans, la sonnette d’alarme est tirée par les praticiens réunis pour le 18e congrès national de la médecine rurale à Avignon : "Pénible constat, le médecin de campagne disparaît", entend-on à cette époque.

La disparition du médecin de campagne et l'allongement des distances

La disparition du médecin de campagne, c'est non seulement celle d’une figure emblématique de la culture française et personnage central de la littérature française du XIXe siècle où il incarne le progrès, mais aussi l’humanisme, loin de l’agitation de la ville et auquel Balzac n’oublie pas donner une majuscule dans le titre de son roman de 1833, Le Médecin de campagne.

Plus prosaïquement, ce sont des difficultés pour les habitants des zones rurales, soudainement éloignés du docteur. Là encore, c'est un sujet très anciennement débattu dans la société française et donc dans les médias.

Exemple au début des années 1970 dans la Creuse : le départ en retraite du docteur de Châtelus-le-Marcheix, entre Limoges et Guéret, inquiète et désespère les habitants du village. "Alors maintenant, il faut qu'on fasse 15 à 20 km pour aller voir un autre médecin et pour la pharmacie, c'est la même chose, ce qui est très désagréable pour la population, surtout pour les personnes âgées qui sont seules", se plaignent les habitants.

Des solutions au début des années 1970

Des mairies rurales achètent des maisons pour y accueillir des médecins, qui ne viennent pas. On invente le numerus clausus en 1971 mais on l’ouvre très largement pour augmenter le nombre de médecins et de fait on compte aujourd’hui environ deux fois plus de médecins qu’à la fin des années 1970 (un tiers de plus par habitant), mais le problème de leur répartition reste entier. D’autant que de plus en plus de jeunes médecins se détournent du secteur libéral pour se faire embaucher dans des hôpitaux ou des centres de santé, limitant la possibilité d’un maillage plus dense du tissu médical dans le pays. Aujourd’hui les deux tiers des nouveaux médecins choisissent le salariat.

Peut-être aurait-on pu écouter un peu plus les médecins eux-mêmes, à l’image de cette jeune docteure qui avait une solution en 1970 : "Partir à la campagne avec une équipe de médecins et installer un centre avec d'autres médecins, ça peut être intéressant, mais être complètement seule..." C’est en gros ce qu’on appelle des maisons de santé, qui ont attendu 2007 pour être lancées et qu’Edouard Philippe et Agnès Buzyn veulent massivement développer.

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