L'irrésistible tentation de la surveillance généralisée

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En 1974, le nouveau ministre de l'intérieur, Michel Poniatowski annonce fièrement la fin des écoutes téléphoniques sauvages des hommes politiques, des syndicalistes et des journalistes. Pierre Mauroy en fera de même en 1982. Mais dans les deux cas, il y a un écart entre les promesses et la réalité.

Retour ce matin au début des années 1970. Les gaullistes sont encore au pouvoir mais ils subissent des attaques de plus en plus fortes de la part des républicains indépendants qui se veulent plus modernes, libéraux et réformateurs.

Et en 1972, c’est au respect des libertés individuelles qu’ils s’attaquent… 

"Les communications téléphoniques privées sont-elles ou ne sont-elles pas écoutées en France? Cette question, c'est Michel Poniatowski qui la pose par écrit au Premier ministre "

Evidemment, le pouvoir en place se justifie, évoquant la nécessité de telles écoutes afin de garantir la sécurité intérieure, en luttant contre la criminalité et l’espionnage. Il n’est encore vraiment question de lutter contre le terrorisme.Les Parlementaires se heurtent alors au gouvernement qui n’offre aucun accès aux fameuses tables d’écoute du Groupement interministériel de contrôle. Mais la découverte de micros dans les placards du Canard Enchaîné, puis l’accession à la présidence de Giscard créent les conditions d’une plus grande transparence des écoutes téléphoniques.D’autant que le nouveau ministre de l’intérieur n’est autre que Michel Poniatowski qui, la main sur le cœur, déclare en juillet 1974… 

"Toutes les écoutes, qui correspondaient à des écoutes d'hommes politiques, de journalistes, d'hommes politiques sont supprimées et j'y veille moi-même puisque les écoutes qui interviennent sont autorisées par moi. Dans l'avenir, je pense qu'il faut une meilleure protection. Il faut que toute écoute téléphonique doit être signée à la fois par le ministre responsable et par un juge "

A l’heure où le Parlement français s’apprête à voter la loi sur le renseignement, des voix et notamment le syndicat de la magistrature s’inquiètent de voir l’absence des juges du dispositif. Alors, un âge d’or pour les libertés fondamentales les années Poniatowski ?

Deux ans plus tard, en 1976, le retour de bâton est terrible… 

"Le Nouvel Observateur a publié un article ce matin indiquant que les postes téléphoniques de certains syndicalistes, journalistes et hommes politiques étaient placés sous écoute "

Arrivé au pouvoir en 1981 François Mitterrand fera la même promesse de transparence et sera pris quelques années plus tard dans le scandale des écoutes de l’Elysée.

Comme si, tel l’enfant devant le pot de confiture, le pouvoir résiste peu à la tentation.

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