Il y a 25 ans, le "populisme" fait une entrée fracassante dans le débat politique français

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Journée spéciale européennes sur franceinfo. Depuis ce matin nous nous intéressons à la montée des populismes en Europe. Et le terme "populisme" n'a émergé que récemment dans le débat politique français.

Le "populisme" fait une entrée  fracassante dans le débat intérieur français. Cette entrée fracassante, elle a 25 ans seulement, c’était en 1994. Et comme aujourd’hui, dans un contexte d’élections européennes, et comme aujourd’hui, le "populisme" s’invite en France depuis l’étranger. Aujourd’hui, c’est Trump, Bolsonaro et en Europe le Brexit, la Hongrie, ou l’Italie. A l’époque, c’est une élection d’un homme qu’on connaissait bien en France, une élection qui se tient en mars 1994 et qui a littéralement stupéfait l’Europe. 

L'élection de Silvio Berlusconi, électrochoc populiste

La victoire d'un homme d’affaires milliardaire, la star des médias italiens, le patron du Milan A.C. Silvio Berlusconi, qui devient Premier ministre  

Les médias français y voient l’expression même du populisme. Remettant ainsi au goût du jour un terme classiquement réservé au mouvement socialiste russe qui, à partir des 1860, avait pris parti pour le peuple contre le tsar. Et force est de constater que la définition qu’on en propose à la radio française en 1963 correspond plutôt bien à la réalité de 1994 de Berlusconi, la sincérité en moins…

"Le populisme par Monsieur Alexandre, assistant à l'Université de Lettres de Lyon : pris dans son sens large, le terme de populiste sert parfois à désigner tous les hommes qui ont eu pour préoccupation essentielle le bien du peuple, et qui ont cru que le peuple détenait à des titres divers une vérité que la classe cultivée ignorait."

Jean-Marie Le Pen, populiste ? Et alors?

Mais si la France se passionne soudain pour le populisme, c’est parce qu’elle pense que ce courant qui a pris le pouvoir en Italie se développe aussi en France.

Deux figures "populistes" sont désignées comme telles par leurs adversaires, Bernard Tapie, qui ressemble à pas mal d’égards à Berlusconi et Jean-Marie Le Pen qui depuis déjà de nombreuses années prétend s’adresser directement au peuple contre les élites, le fameux "establishment", le système.

Mais un peu comme aujourd’hui, lesdits populistes répondent en refusant d’y voir une insulte, mais au contraire ils accusent leurs accusateurs d’avoir abandonné le peuple… Illustration ici avec Jean-Marie Le Pen, qui répond aux questions de Patrick Poivre d’Arvor sur TF1, le 31 mai 1994:

"Il faut d'abord se mettre d'accord sur la définition de populiste. Pour certains, il a une acception péjorative, démagogique ou même totalitaire. Je crois que ce n'est pas le cas. Les populistes sont ceux qui s'intéressent ou qui voient la politique à travers le peuple, à travers les souffrances de celui-ci."

Bernard Tapie, populiste? Et alors?

Etre populiste, c’est donc comprendre le peuple selon Jean-Marie Le Pen. Et du côté de Bernard Tapie, la réponse ne vient pas de Tapie lui-même mais de Jean-François Hory qui dirige alors le MRG, Mouvement des radicaux de gauche, formation politique qui s’est choisie Bernard Tapie pour diriger sa liste aux européennes de 1994 :

"Il y a dans ce pays une gauche qui s'est à ce point éloignée du terrain et de ses électeurs qu'en effet elle appelle "populiste" tout ce qui est populaire parce que ce qui est populaire lui est devenu étranger. En effet, Bernard Tapie est populaire..."

On a là une critique de la gauche sociale libérale que l’on entend beaucoup aujourd’hui de la part de ceux qui sont accusés d’être populistes. Il faut dire que la réponse socialiste à la montée des populismes est alors un peu légère, écoutez ici Lionel Jospin, toujours et encore en 1994 :

"Parlons un instant du populisme. Je ne crois pas qu'il existe un populisme. Je ne sais pas ce qu'est le populisme. Je ne sais pas ce que c'est que le populisme."

Cette fièvre populiste va redescendre très vite, pour ne remonter que quelques années plus tard, au début des années 2000 dans le sillage des succès électoraux de l’extrême droite en Autriche, aux Pays-Bas et aussi en France, après le 21 avril 2002, mais aussi après le virage à gauche de l’Amérique latine et notamment du Venezuela de Chavez.

Une fièvre qui n’a pas depuis disparu, mais qui aujourd’hui atteint des sommets. Des sommets d’inquiétudes pour les uns, d’espoirs pour d’autres.

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