Histoires d'Info. Un Guyanais : "Le gouvernement français a fait des Guyanais des mendiants" (1976)

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Longtemps associée à son bagne, la Guyane a connu ces dernières décennies de nombreux projets qui semblaient porteurs d'avenir, notamment l'installation du Centre spatial de Kourou. Retour sur un demi-siècle d'espoirs déçus réflets d'inégalités profondes.

L'installation du Centre spatial de Kourou comme d'autres projets porteurs d'avenir vont-ils réussir à faire évoluer l'image de la Guyane ? Aujourd'hui encore, le pays est associé à son bagne. Retour sur un demi-siècle d'espoirs déçus réflets d'inégalités profondes.

C’est en 1946 seulement que la Guyane, en même temps que la Martinique, la Guadeloupe et la Réunion, passe du statut de colonies à celui de département, sous l’impulsion de figures telles que Gaston Monnerville, Guyanais et longtemps président du Sénat, ou de l’écrivain Aimé Césaire. Cette réforme politique suscite de grands espoirs économiques et sociaux en Guyane notamment. Il s’agit d’ouvrir une nouvelle phase de l’histoire de ce territoire difficile et lointain de la métropole. Un territoire longtemps associé au bagne, fermé justement en 1946. Un bagne où fut enfermé notamment le capitaine Dreyfus.

La base de lancement de fusées symbole des inégalités 

Suite à l’indépendance de l’Algérie, au début des années 1960, le projet de centre spatial se déplace à Kourou en Guyane. En 1967, un an avant le premier lancement, les espoirs sont immenses pour le département français. Un journaliste explique : "Cayenne va devenir le Cap Kennedy de l'Europe. Voilà ce qu'a déclaré monsieur Alain Peyrefitte après avoir visité la base spatiale de Kourou. Le ministre délégué chargé de la Recherche scientifique a souligné combien toute la région profitera de l'installation du centre : création d'un aéroport de classe internationale à Rochambeau, édification d'un port en eau profonde, construction de routes côtières... Ainsi, les conditions seront remplies pour exploiter avec efficacité toutes les richesses du pays."

Pour l’anecdote, sachez que le premier titre de journal de France Inter portait sur l’entrée probable du Royaume-Uni dans l’Europe communautaire. Comme quoi. Mais, bien vite la base de Kourou devient le symbole des inégalités, profitant peu aux locaux et surlignant la pauvreté alentours. Dix ans après le premier lancement de Kourou, les espoirs ont été douchés et le ton sur la Guyane a changé.

 "À 9 000 kilomètres de la métropole, la Guyane est un département français comme les autres. Pas tout à fait quand même, réplique-t-on ici car généralement on ne s'en souvient qu'au moment des élections, raconte un journaliste. Pour le gouvernement, la Guyane restera dirigée de Paris, cette attitude a fini par décourager : 'Nous avons participé à trop de commissions pour élaborer des plans et absolument rien ne s'est réalisé dans ce pays. Nous ne croyons plus aux plans maintenant, c'est du bluff. On veut redémontrer que le peuple guyanais est un peuple dont on ne peut rien faire avec, un peuple qui n'est pas un peuple travailleur, un peuple de paresseux, un peuple d'incapables. C'est le gouvernement français qui a fait des Guyanais des mendiants.' "

Cette situation, longtemps ignorée, en métropole, éclate aujourd’hui, au grand jour, huit ans après les grandes grèves dans les Antilles.

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