Histoires d'info. "Shoah", un véritable témoignage signé Claude Lanzmann

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Le cinéaste Claude Lanzmann est mort jeudi 5 juillet à l'âge de 92 ans. Réalisateur de "Shoah", Claude Lanzmann était également journaliste et écrivain.  

Shoah, c’est LA grande œuvre de Claude Lanzmann, en 1985, il lui a fallu une dizaine d’années de recherche, ça a été filmé largement en 1979 et au début des années 1980. Une oeuvre radicale, passionnante, absolument brillante. Celle qui restera à jamais liée à son créateur, Claude Lanzmann. Il décrit ici son œuvre et son travail : "Tout mon film a été fait précisément à partir de l'absence de traces, c'est à dire à partir de rien. 'Shoah' est un film de topographe et d'arpenteur d'une certaine façon."

Absence de traces, une volonté d’aller sur les lieux, de voir, d’arpenter comme il dit. Que l’horreur n’est pas hors du monde et hors des lieux. Il y a chez Lanzmann une volonté de comprendre et pas d’abord d’exprimer l’horreur, comme le fit par exemple Resnais dans Nuit et Brouillard sorti au milieu des années 1950. Et l’un des grands apports de ce film, Shoah, aura notamment été d’insister sur la distinction fondamentale entre camps de concentration et camps d’extermination, une distinction absente chez Resnais. Et puis il y a le titre Shoah. On l’a oublié, mais on parlait jusqu’alors surtout de l’holocauste. Insupportable pour Lanzmann qui refusait toute idée de sacrifice contenue dans le terme holocauste. D'où le terme hébreu, Shoah, la destruction totale, l’anéantissement.

Un film qui donne la parole aux victimes et aux bourreaux

Aussi aux paysans polonais qui avaient préféré regarder ailleurs, créant d’ailleurs un choc profond en Pologne. C’est un travail titanesque, aller chercher les mots des vivants, des survivants, plus de 30 ans après la shoah. Il s’en explique sur Antenne 2 au moment de la sortie du film en 1985 : "Ce n'est pas une histoire dans laquelle des gens cravatés derrière leurs bureaux racontent des souvenirs. Les souvenirs sont faibles. J'ai choisi des protagonistes capables de revivre cela et pour le revivre ils devaient payer le prix le plus haut, c'est à dire souffrir en me racontant cette histoire."

Il les mène sur place, les met même en scène, pour être au plus proche de la réalité. Et parfois les brusque même pour atteindre une parole puissante et sincère.
Des moments qui marquent à jamais les spectateurs, Abraham Bomba, le coiffeur de Treblinka, qu’il interviewe in situ en train de couper les cheveux d’un homme,
Ou encore Filip Müller, Juif tchèque, Sonderkommando à Auschwitz qui aurait voulu mourir avec ses frères et ses sœurs mais qui en sera dissuadé par l'une des condamnées : "Tu veux donc mourir. Mais ça n'a aucun sens. Ta mort ne nous rendra pas la vie. Ce n'est pas un acte. Tu dois sortir d’ici. Tu dois témoigner."