Histoires d'info. Quand le CNRS pointait le caractère cancérigène du glyphosate, en 2002

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !

Plusieurs ONG se mobilisent pour obtenir l'interdiction du glyphosate, qui entre dans la composition de désherbants comme le Roundup. Un long combat pour le principe de précaution.

Une quarantaine d'ONG européennes lancent une pétition pour obtenir l'interdiction du glyphosate, un herbicide chimique que l'on trouve notamment dans le Roundup. Il y a quelques décennies, les produits chimiques étaient bien notés.

Nous sommes en 1966, grande période de modernisation des campagnes avec des gains de productivité impressionnants. Un professeur voit même la perspective de la fin du labour : "Récemment, on a découvert un herbicide qui est inactivé au contact du sol, il n'est pas nuisible pour la culture. Ne peut-on pas alors imaginer supprimer une grande partie des travaux mécaniques, y compris les labours ?"

Penser les labours comme une perte de temps visant à essentiellement lutter contre les mauvaises herbes, voilà une lecture plutôt étonnante des travaux des champs ! La PAC (politique agricole commune) a alors quatre ans et l’heure est vraiment au productivisme. Il faut produire plus avec moins de monde et la solution magique se trouve alors dans les produits chimiques.

Il y a quinze ans, des études sont menées sur des oursins

Ayant flairé un marché potentiellement gigantesque, la firme américaine de chimie Monsanto, fondée en 1901, se spécialise dans l’agriculture en 1960 seulement, mais elle le fait massivement. Dix ans plus tard, John Franz, un ingénieur de Monsanto synthétise le glyphosate pour en faire un puissant herbicide, non sélectif, un herbicide total, commercialisé cinq ans plus tard en France : c’est le fameux Roundup, la star des herbicides, vendue dans les grandes surfaces. Et bientôt, une première fois sous le feu des critiques. Une très grave accusation, formulée il y a près de 15 ans déjà : "Les recherches du CNRS de Roscoff sur les oursins ont montré qu'au contact de certains désherbants, la division normale des cellules est déreglée. Un mécanisme comparable à celui du cancer. En annonçant ces résultats à la presse en mars 2002, les chercheurs bretons avaient évité de citer les marques. Mais le principal producteur Monsanto n'a malgré tout pas apprécié et conteste depuis les résultats."

Le glyphosate seul n'est pas, selon le CNRS, cancérigène. Mais dans les produits vendus au public c'est la présence nécessaire de tensioactif ou agent de surface (surfactant en anglais) qui le rendent cancérigène. Et pourtant, malgré ce très sérieux avertissement, le glyphosate reste largement utilisé comme herbicide sur nos champs. Comme quoi, le principe de précaution que certains candidats à la présidentielle souhaiteraient voir disparaître n’est pas toujours la règle.