Histoires d'info. Un doigt d'honneur contre un genou à terre. A quoi joue Donald Trump?

Donald Trump a demandé aux propriétaires d'équipes de la NFL de "virer" les "fils de pute" qui ne respecteraient pas la nation. Lui-même a été à la tête d'une équipe, dans une ligue concurrente.

Après Trump contre l'Europe, Trump contre la Russie, Trump contre la Corée du Nord, voici Trump contre le football américain. Pour le coup, c'est un bras de fer auquel le président des États-Unis ne s'attendait sans doute pas. Le président a suggéré aux fans de boycotter les équipes qui s'agenouillent pendant l'hymne américain et aux propriétaires de "virer" les "fils de pute" qui ne respecteraient pas la nation. Et évidemment, en réponse, ce qui était un phénomène rare s’est généralisé : de plus en plus de joueurs ont posé dimanche 24 septembre le genou à terre au moment du Star Spangled Banner.

L'expérience avortée de l'USFL et des New Jersey Generals

Beaucoup voient une profonde incohérence de la part d’un président qui paraît chérir la liberté d’expression, y compris pour les suprémacistes blancs, mais qui ici la rejette, alors qu’il s’agit pour les joueurs de football de protester contre les violences policières et, plus largement, contre le racisme aux Etats-Unis.

Ce bras de fer entre Donald Trump et les footballeurs américains de la National Football League (NFL) ramène au milieu des années 1980, lorsque qu’une ligue concurrente, l’USFL, avait tenté de prendre le pouvoir. L’un des propriétaires les plus actifs d’une des équipes de cette USFL, les New Jersey Generals, était…Donald Trump, entre 1984 et 1985.

Une instrumentalisation de l'histoire américaine

Mais l’on peut aussi trouver une autre cohérence dans cette nouvelle guerre engagée par le président américain. Car cette nouvelle polémique s’inscrit dans la continuité d’une autre engagée il y a un peu plus d’un mois. Il s’agissait alors de la question, toujours d’actualité, du déboulonnement des statues des généraux de l’armée confédérée et, en premier lieu, du général Lee.

Trump s’était montré très hostile, tout en s’efforçant de souffler sur les braises d’un débat duquel il pensait pouvoir sortir gagnant, en poussant ses adversaires à s’engager. C’était un piège tendu pour permettre à Trump de se présenter comme le défenseur de l’histoire américaine. Cela avait été théorisé par Steve Bannon. Celui-ci parti, cette stratégie est encore parfaitement à l’œuvre avec cette nouvelle polémique. Trump défenseur des valeurs patriotiques américaines, de l’hymne comme des statues, voilà un pari plutôt futé qui pourrait être gagnant.