Histoires d'info. Qu'avait dit le général de Gaulle pour répondre à la crise de mai 68 ?

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On s’interroge beaucoup sur la tonalité de l’allocution d’Emmanuel Macron lundi soir depuis l’Elysée. Sera-t-il à ouvert à un dialogue avec les "gilets jaunes", ou au contraire ferme, garant de l’ordre républicain ? Deux attitudes qu’avait alternées le général de Gaulle à la fin du mois de mai 1968.

Même si les crises de mai 68 et des "gilets jaunes" ne sont pas, loin de là, en tous points comparables, on peut effectivement s’attarder sur la réponse très attendue du président de la République face à un mouvement social de très grande ampleur, aux demandes diverses, économiques, sociales et politiques. 

"Je vous ai compris"

Le 24 mai 1968, de retour de Roumanie, le général de Gaulle prend la parole. Un général de Gaulle conciliant, prêt à réformer dans le dialogue et le respect de tous. "Tout le monde comprend, évidemment, quelle est la portée des actuels évènements, universitaires, puis sociaux. On y voit tous les signes qui démontrent la nécessité d'une mutation de notre société. Mutation qui doit comporter la participation plus effective de chacun à la marche et au résultat de l'activité qui le concerne directement." Et lors de ce même discours, il proposera un grand référendum pour moderniser la France et annonce qu’il partira en cas de "non".

Un discours qui fait flop

Mais le "non", les Français vont le lui hurler à peine le discours prononcé ! Le discours est en effet très mal perçu, les manifestants n’ont retenu que le référendum et ils y voient une nouvelle demande des pleins pouvoirs…

Dès le lendemain du discours, le Premier ministre Georges Pompidou reçoit les syndicats rue de Grenelle pour négocier d’importantes avancées pour les salariés. Dans ces conditions, pour le général de Gaulle, C'en est trop. Et changement drastique de ton. Le général prononce un second discours le 30 mai.

Changement de ton

Le ton bienveillant laisse la place à un ton nettement plus ferme. Il annonce qu’il ne démissionnera pas, que le Premier ministre Georges Pompidou restera à son poste et surtout qu'il dissout l’Assemblée nationale –solution éminemment risquée pour Emmanuel Macron.

Puis le général de Gaulle se fait menaçant, finies les demandes légitimes des citoyens une semaine plus tôt. Désormais, l’heure est à la sauvegarde de la République face à ceux qui veulent la démanteler pour prendre le pouvoir…  

"Quant aux élections législatives, elles auront lieu dans les délais prévus par la Constitution à moins qu'on entende bâillonner le peuple français tout entier en l'empêchant de s'exprimer en même temps qu'on l'empêche de vivre, par les mêmes moyens qu'on empêche les étudiants d'étudier, les enseignants d'enseigner, les travailleurs de travailler. Ces moyens, ce sont l'intimidation, l'intoxication et la tyrannie exercés par des groupes organisés de longue main, en conséquence, et par un parti qui est une entreprise totalitaire, même s'il a déjà des rivaux à cet égard."

Un discours plus efficace

En pointant la menace communiste, en appelant les gens à voter, et en se présentant comme le garant de l’ordre, le général de Gaulle fédère autour de lui toute une France inquiète, perméable à cette rhétorique de la peur. L’immense manifestation de soutien au régime sur les Champs-Elysées est une première satisfaction pour le pouvoir. Elle sera doublée par le triomphe des gaullistes lors des législatives de juin. 

Bienveillant et à l’écoute ou ferme et menaçant ? Ou les deux "en même temps", Emmanuel Macron est face à un choix historique.

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