Histoires d'info. Ouverture et société civile : un air de déjà-vu

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Les ministres et secrétaires d'État du gouvernement Philippe, nommé mercredi, sont issus de la droite, de la gauche et de la société civile. Mai 2017 ressemble étrangement à mai 1988.

Annoncé mercredi 17 mai, le gouvernement d'Édouard Philippe fait la part belle à l'ouverture et à la société civile. Des caractéristiques qui ne sont pas sans rappeler le gouvernement de Michel Rocard en 1988.

Cette année-là, Édouard Philippe est jeune étudiant à Sciences Po et il regarde, fasciné, Michel Rocard former son gouvernement à la suite de la réélection de François Mitterrand. Il est frappant de constater à quel point, 30 ans plus tard, les parallèles sont forts entre les deux gouvernements.

"La main tendue"

Le 14 juin 1988, à la sortie d'élections législatives qui ont vu les socialistes l'emporter, François Mitterrand dessine les contours du gouvernement de Michel Rocard dans une allocution télévisée : "J'ai invité le Premier ministre à mettre en forme ses projets et à les présenter au plus tôt devant le parlement chaque fois qu'ils devront faire l'objet d'une loi. Nous verrons bien à ce moment qui est et qui n'est pas disposé à prendre la main tendue. Dès maintenant, je veillerai à ce que le gouvernement s'ouvre davantage sur la société civile. Mes chers compatriotes, je vous en donne l'assurance : la France est et sera gouvernée !"

C'est un premier parallèle évident avec le gouvernement d'Edouard Philippe annoncé mercredi après-midi. L'expression "main tendue", beaucoup entendue ces jours-ci, est la volonté d'une ouverture politique. En 1988, elle se caractérise par la nomination de ministres UDF à des postes importants comme Michel Durafour, ministre de la Fonction publique ou Jean-Pierre Soisson, ministre du Travail.

À droite, les réactions ressemblent elles aussi fortement à celles que l'on entend aujourd'hui dans le camp des Républicains. Sur Antenne 2, Valéry Giscard d'Estaing assimile ces ministres d'ouverture à de simples individus en quête de poste : "Il y aura peut-être des ralliements. Mais vous savez, les ralliements ça n'entraîne personne, ce sont des voyageurs sans bagage. Quand vous ne ralliez pas des courants d'idée ou des gens qui ont des positions fortes dans le pays, que vous ralliez des individus, ils exercent des fonctions, des places, tant mieux pour eux mais ça ne change pas la carte politique française." Au RPR, le député Jean-Claude Gaudin y voit lui une manœuvre de la gauche pour diviser la droite : "Vous savez très bien qu'il n'y a pas eu ouverture. Cela a été une duperie de la part du président de la République et de monsieur Rocard."

Des ministres spécialistes

Mais l'ouverture, réelle ou supposée, n'est pas la seule spécificité du gouvernement Rocard de 1988. Il y a aussi l'arrivée de la société civile. Ce n'est certes pas une nouveauté absolue : on se souvient de la journaliste François Giraud, secrétaire d'État à la Condition féminine puis à la Culture à partir de 1974. Mais en 1988, la société civile arrive en force avec des personnalités déjà connues comme le médecin Léon Schwartzenberg, nommé à la Santé, l'humanitaire Bernard Kouchner à l'Action humanitaire ou encore l'ancien grand athlète Roger Bambuck aux Sports.

Il y a aussi, parmi elles, un personnage populaire à l'image de Nicolas Hulot aujourd'hui : Alain Decaux nommé ministre délégué auprès du ministre d'État et des Affaires étrangères, chargé de la Francophonie. Voici comment un journaliste commente cette arrivée à l'époque : "Historien, académicien mais surtout homme de télévision. Alain Decaux, 63 ans, c'est 'La caméra explore le temps', c'est 'Alain Decaux raconte', c'est 'L'Histoire en question'. Bref, plus de trente ans de grands moments de l'audiovisuel. Conteur intarissable, inlassable vulgarisateur de l'histoire, Alain Decaux surprend en entrant au gouvernement. Il en devient l'une des affiches les plus populaires de l'ouverture à la société civile."

La deuxième gauche

Hier comme aujourd'hui, cette ouverture à la société civile correspond à un désir de modernité, d'efficacité car ce sont des spécialistes et de réponse à une défiance du politique. Pour Michel Rocard, partisan d'une deuxième gauche, il s'agissait de se montrer progressiste et d'être davantage à l'écoute des aspirations de chacun en privilégiant "les négociations réelles, loyales, méthodiques."

En 1988, la stratégie de François Mitterrand et de Michel Rocard n'avait pas réussi à faire imploser la droite et l'expérience des membres de la société civile au gouvernement avait été mitigée. En nommant un Premier ministre de droite sans pour autant avoir été le candidat socialiste, Emmanuel Macron pourrait avoir plus de succès en créant le trouble sur sa gauche comme sur sa droite.

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