Histoires d'info. Les cahiers de doléances, ou les limites de la parole libérée

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La parole est au peuple. Entre cahiers de doléances et grand débat national, entre fantasme et inquiétude, un air de révolution française souffle sur notre République. La révolution, une référence historique constante, autant dans l'hémicycle que sur les ronds-points.

Pour s’en tenir aux cahiers de doléance du tiers état, un peu comme aujourd’hui, avec le grand débat national, tout part d’en haut. En 1788, c’est le roi qui convoque les états généraux où siégeront des députés des trois ordres – tiers état, noblesse et clergé. Des députés qui ne sont pas des représentants (ce sera plus tard), mais des mandataires, qui sont uniquement là pour porter les revendications de leur ordre. Ces revendications sont compilées dans les fameux cahiers de doléance.

Alors si théoriquement, Louis XVI fixe le débat : la réduction des déficits publics – c’est nettement moins vaste que le grand débat – les sujets s’emparent des cahiers de doléances pour parler de tout. On réclame la liberté de la presse, moins d’impôts, la fin des droits féodaux… mais jamais la tête du roi, largement épargné dans les cahiers. Précision importante : s’il y a eu des cahiers déjà plus ou moins pré-remplis, dans l’ensemble, les historiens considèrent que la parole a été largement libre.

La difficile remontée de la parole du peuple vers le pouvoir

C’est un entonnoir, qui se réduit de plus en plus à mesure que l’on remonte vers les députés des trois ordres, qui se retrouveront à Versailles au printemps 1789. Les cahiers s’accompagnent de l’élection de représentants à l’échelle locale d’abord, puis à l’échelle du baillage, à peu près l’équivalent de nos départements actuels. C’est à ce niveau-là que les cahiers de doléance sont synthétisés.

C’est là que la synthèse peut montrer ses limites, parce qu’on a constaté que ce qu’on appelle les cahiers de baillage sont bien différents des cahiers de doléances qu’ils sont censés synthétiser.

Synthèse et tri de la bourgeoisie

Pourquoi ? Parce qu’à l’échelle du baillage, c’est la bourgeoisie urbaine qui fait ce travail de synthèse et qu’elle met de côté les questions qui la concernent peu, comme les questions proprement rurales, sur le droit de chasse par exemple. L'on voit que l’entonnoir implique certes la synthèse, mais aussi la disparition de revendications au profit de celles des plus puissants.

Si l’on résume, la révolution politique n’était pas réclamée dans les cahiers de doléance et de nombreuses doléances n’ont pas été relayées par les députés du tiers état. Voilà de quoi nuancer un peu les fantasmes que nourrissent les cahiers de doléances de 1788 aujourd'hui.

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