Histoires d'info. Le malaise déjà ancien des surveillants de prison, ex-"garde-chiourmes" qui "ne se contentent pas de la garde des prisonniers"

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Les syndicats de gardiens de prison continuent de bloquer plusieurs établissements pénitentiaires, pour une deuxième semaine de mobilisation sur la sécurité et les conditions de travail. Le malaise qui existe dans les prisons est déjà ancien.

Les problèmes dans les prisons ne datent pas d'aujourd'hui. La preuve, en 1963, le grand chroniqueur judiciaire Frédéric Pottecher réalise un grand reportage dans les prisons françaises, qu’il visite pour la première fois à cette occasion. A la télévision, il livre ses réflexions sur ce qu’il a vu : "Je m'attendais bien à voir une certaine misère de nos prisons mais je ne croyais pas que c'était si triste. Je ne croyais pas que c'était si misérable, si délabré. C'est vraiment lugubre et c'est aussi triste pour les détenus d'ailleurs, comme pour les surveillants. En passant, je voudrais dire que j'ai été très frappé par la gentillesse et l'humanité des surveillants. Je ne m'attendais pas à trouver ces gens-là comme ça."

Un chroniqueur judiciaire surpris de l’humanité et de la gentillesse des gardiens de prisons et nous sommes presque immédiatement au cœur du malaise qui les frappe depuis tant et tant d’années : une image dégradée et un manque de reconnaissance pour une profession ô combien essentielle dans notre société…

De "gardien" à "surveillant"

Le terme de "gardien de prison" a disparu du vocabulaire officiel il y a longtemps. C’était en 1919, le garde des Sceaux justifiait à l’époque dans la Revue pénitentiaire le passage de "gardien" à "surveillant" : "La nouvelle appellation donnera une idée plus précise et plus élevée du rôle qu’ils sont appelés à remplir dans les établissements pénitentiaires, où les 'gardes-chiourmes' d’autrefois ont fait place à des agents qui ne se contentent pas de la garde des prisonniers, mais qui prennent souvent une part effective au relèvement moral et au patronage des détenus et pupilles. Dans leur congrès, les gardiens de prison ont demandé la disparition de ce terme auquel s’attacherait dans l’opinion publique et dans les milieux spéciaux une certaine défaveur."

Ce sentiment d’une "certaine défaveur" n’est vraiment pas nouveau. Et il éclate au grand jour lorsque la coupe est pleine. Cette coupe est en général pleine lorsque leur sécurité est en jeu. En 1971, après l’assassinat d’un surveillant à Clairvaux par exemple, ou encore aujourd’hui.

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