Histoires d'info. Des tensions diplomatiques entre la France et l'Italie dès les années 1980

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La France a rappelé son ambassadeur en Italie, jeudi, après des attaques sans précédent "depuis la fin de la guerre" selon le Quai d'Orsay. Des tensions sont apparues dès les années 1980 entre les deux pays.

S'estimant victime d'attaques sans précédent, la France a rappelé son ambassadeur en Italie, jeudi 7 février, en se référant à la visite surprise du vice-président du Conseil Luigi Di Maio aux "gilets jaunes" à Montargis (Loiret). Si une telle ingérence est largement inédite, il ne faudrait tout de même pas imaginer que les relations entre l’Italie et la France sont un ciel sans nuage depuis 1945.

Dans les années 1980, des tensions sur fond de terrorisme

Des tensions diplomatiques très intenses, on en trouve déjà au milieu des années 1980. La gauche au pouvoir en France refuse d’extrader des centaines d’Italiens accusés de terrorisme d’extrême gauche dans leur pays. En février 1985, le président du conseil italien Benito Craxi est à Paris pour y rencontrer François Mitterrand dans un climat très tendu. "Ce qui a été le point fort et l'essentiel de la conférence, c'est sans nul doute la question du terrorisme. On se souvient que plusieurs membres du gouvernement italien n'ont pas épargné la France, considérée parfois, comme cela a été dit, comme une base arrière du terrorisme italien et international", explique un journaliste sur Antenne 2, le 22 février 1985. Des critiques très violentes qui n’infléchiront pas la position française et la fameuse doctrine Mitterrand, publiquement exposée ce jour-là d’ailleurs : pas d’extradition sauf en cas de crime de sang.

En 2006, l'économie au coeur du conflit

Brusquement, l’intensité des tensions monte d’un cran en 2006 et l’enjeu est économique. Le géant italien du gaz Enel, associé à Veolia, songe à lancer une OPA sur Suez. On est en plein patriotisme économique en France. Et pour sauver le soldat Suez, la France invente une fusion entre Suez et GDF. L’Italie est en colère. "Silvio Berlusconi, le Premier ministre en pleine campagne électorale, rappelle, amer, qu'il avait demandé au président Jacques Chirac d'observer la même neutralité dont a fait preuve l'Italie lorsque la France est venue racheter à tour de bras les entreprises italiennes qui l'intéressait. Résultat, les ministres montent au créneau, dont celui de l'Industrie qui a purement et simplement annulé une visite qu'il devait faire demain à Paris", précise un journaliste de France 2, le 2 février 2006.   

La presse italienne évoque une "gifle", un "piège français". "Faut-il réclamer le rapatriement de Monica Belluci ?", se demande l’hebdo de gauche L’Espresso. Le Corriere de la Serra, évoque "un duel long de 2000 ans", commencé par la conquête de la Gaule par César, l’exil de Léonard de Vinci à la cour de François Ier et la victoire de la France à l’Euro 2000. La revanche du Mondial 2006 sera même perçue comme la revanche de l’Italie après cette "gifle" économique française.

La question des migrants met le feu aux poudres

Enfin, plus près de nous, c’est la question des migrants qui a mis le feu aux poudres entre Paris et Rome. Tensions très fortes, en avril 2011, dans le contexte de la révolution en Tunisie et de la guerre en Libye. Une tension entre deux pays, mais aussi entre deux hommes Nicolas Sarkozy et Silvio Berlusconi. Dans ses mémoires, My Way, le "cavaliere" n’est pas tendre avec le président français y voyant quelqu’un de jaloux qui aurait tout fait pour obtenir sa tête - une dénonciation d’ingérence en somme - ne supportant pas sa richesse, son soutien à Kadhafi ou ses bonnes relations avec la Russie. En novembre 2011, Berlusconi démissionnera. Depuis, il ne cesse d’accuser la France d’avoir fait la guerre en Libye pour le pétrole. Entre la France et l’Italie ce n’est pas toujours la "dolce vita".

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